Jérôme Kerviel : l’histoire décortiquée

Jérôme Kerviel travaillait comme arbitragiste dans les produits dérivés “futurs”. Perite explication. Les produits dérivés futurs vous permettent de parier sur un indice. Concrètement, vous achetez par exemple un”futur” CAC 40 à 5100 points en pariant sur une remontée de l’indice. Si l’indice remonte à 5200 vous gagnerez alors 100 points. Chaque point valant 10 euros, vous aurez empoché une plus value de 2 000 euros. A l’inverse, si l’indice chute, vous perdrez dans l’autre sens.

Pour jouer en salle de marché, le trader doit avoir une garantie qui le couvre en cas de perte. L’exercice pour Jérôme Kerviel consiste donc à acheter ou vendre, d’un côté des contrats futurs sur des indices et de l’autre à acheter les actions qui composent l’indice. En se couvrant, il se protège d’une chute forte de l’indice.

L’astuce, ou la fraude, de Jérôme Kerviel a consisté à acheter des indices, essentiellement sur le Footsie, le DAx et le CAC, en se couvrant avec des opérations fictives. Les prises de positions sur les indices étant couvertes par des opérations virtuelles sur des actions, le système imaginait que Jérôme Kerviel n’avait pas d’exposition au risque.

A la fin de l’année 2007, le portefeuille de Jérôme Kerviel réalisait une plus value d’environ 1,5 milliards. Grisé par le marché, il a joué une hausse des indices qui n’est jamais arrivée et a donc dû essuyer des pertes majeures.

Pour cacher les pertes qu’il essuyait, il a multiplié la création de comptes fictifs. Grâce à sa connaissance parfaite du système acquise alors qu’il était au middle office, il a pu déjouer l’ensemble des procédures de contrôle et cacher les pertes. De ce fait, libre à lui de créer autant de comptes fictifs qu’il le voulait. Il a multiplié la création de clients fictifs sur lequels il a compensé ses pertes. L’anomalie a été détectée parce que le système ne recevait pas de confirmation, externe, de passage des ordres. Théoriquement, une banque externe aurait dû confirmer le passage des ordres. La cellule d’investigation, une fois l’alerte déclenchée, s’est très vite rendu compte que les ordres étaient fictifs.

Au moment où la banque licencie Kerviel (le dimanche), la perte n’est que de 400 millions d’euros. D’après la Société Générale, l’engagement de Jérôme Kerviel est d’environ 50 milliards, soit une somme supérieure aux fonds propres de la banque, ce qui peut mettre la banque dans une situation théorique de banqueroute.

C’est à ce moment que la Société Générale perd son sang-froid et liquide très rapidement l’ensemble des positions dans un contexte de chute généralisée des cours (engagée dans la nuit de dimanche à lundi sur les marchés asiatiques), liée à un doute des marchés sur le plan de relance de G.W. Bush.

La panique et le manque de sang-froid de la Société Générale transforme alors une perte de 400 millions d’euros (le dimanche soir) en une perte supérieure à 5 milliards d’euros (le mercredi soir).

La perte a donc été majoritairement causée par la Société Générale qui a creusé sa propre tombe.

C’est pour cela que le maintien de la direction de la Société Générale pose aujourd’hui problème. L’incompétence et le manque de sang-froid de la banque sont clairement à l’origine de cette perte.

Incompétence d’autant moins compréhensible que des expériences similaires ont toujours démontré qu’une réaction de panique sur les marchés entraîne systématiquement une explosion magistrale des pertes.

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