Nul ne sait encore qui gagnera les primaires coté démocrate, mais une chose est sure : Barak Obama aura radicalement changé, en quelques mois, la manière de faire de la communication.
En 30 ans, nous sommes passés de l’énergisant « You can do it » de Nike à l’entraînant « Yes, we can » de Barak Obama. « You can do it » fut le symbole emblématique du renouveau libéral.
Cette signature marqua symboliquement la rencontre improbable entre Elton John et Milton Friedman. De cette rencontre détonnante entre les logiques de développement personnel issues des années 70 et la fierté retrouvée des économistes libéraux.
De cette époque marquée par la toute puissance du moi (rappelez-vous le tube « Me, myself and I »), par la quête du dépassement de soi perpétuel, par la volonté farouche de s’émanciper des logiques collectives, qu’elles soient étatistes ou communautaires. « You can do it » était un cri lancé à l’humanité : qui que vous soyez, où que vous soyez, vous pouvez le faire, vous devez le faire…
Firmament de l’idéal libéral, « You can do it » fut entendu, du fond des usines à sueur poisseuses, par les petites mains chinoises qui, à force de petits challenges individuels, transformèrent un pays du tiers monde en une redoutable puissance industrielle.
Ce qu’a formidablement bien compris et synthétisé Barack Obama, c’est que le libéralisme en tant que vertu du dépassement de soi est devenu un idéal dépassé en Occident. La menace communiste a disparu, entraînant dans son sillage cette idée fausse qu’un système de production, un mode d’organisation économique pouvait être au moins un système de valeurs, au plus une religion.
Le jeune Occidental ne veut plus simplement courir pour faire mieux et plus vite que son voisin. Non, il veut redécouvrir les bonheurs de l’engagement collectif.
Il veut croire que le monde peut être meilleur. Il veut croire en un destin collectif. C’est la force, le positivisme du « Yes ». Il veut passer du “je” au “nous”. Il veut appartenir à un ensemble entraînant. C’est la force du « we ». Il veut être plus fort ensemble.
Comme souvent dans les moments de bascule, le plus étonnant c’est que les slogans jaillissent ici ou là à des points et des moments différents. Comme s’ils se coordonnaient, participaient à un plan concerté.
Dans les années 70, les revendications fleurissaient partout en Occident. De New York à Paris en passant par Rome, elles dessinaient les mêmes espérances, les mêmes volontés de rupture. A posteriori, on pouvait y lire les grands mouvements qui allaient bouleverser le monde au cours des années 80.
Aujourd’hui, les slogans aussi s’interpellent. De « ensemble, c’est possible » à « Yes, we can », les slogans invitent tous à un changement, à un jeu plus collectif…
Le capitalisme postcommuniste ne sera plus paranoïaque ni individualiste, mais évangéliste et communautaire. C’est là le grand changement de l’époque.