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La bulle irlandaise prête à exploser

14 juin 2008
par bruno walther

J’ai passé deux jours à Dublin, et cette ville est étonnante.

Il suffit de se promener dans Dublin pour mesurer l’effet richesse, la diversité des accents, le nombre extraordinaire d’immigrés qui affluent de toute l’Europe de l’Est. L’Irlande est probablement le pays de l’OCDE qui a connu la plus formidable transformation dans les vingt dernières années.

La recette du miracle irlandais est connue : une réforme fiscale musclée, une politique très agressive pour attirer les sièges sociaux européens des grandes entreprises américaines et une demande intérieure soutenue par un recours massif aux crédits. Et c’est là que le bas blesse. L’Irlande risque fort d’être une victime collatérale de la crise des subprimes. Un des piliers de la croissance irlandaise a été le secteur immobilier. Le système bancaire irlandais a laisser filer, dans des proportions totalement déraisonnables, les taux d’endettement des ménages. Une partie de la croissance irlandaise reposait sur la bulle immobilière et un recours excessif aux crédits. Le système tient sur des valorisations abracadabrantes du marché immobilier. Mais l’immobilier irlandais est condamné à chuter massivement. Simplement parce que les valorisations ne correspondent en rien au niveau des salaires.

Les Irlandais se sont endettés dans des proportions hallucinantes pour acheter leur maison. Et si l’effet de richesse induit par les valorisations astronomiques des biens immobiliers stimule la consommation intérieure, l’effondrement inévitable de l’immobilier en Irlande risque de provoquer une crise économique et sociale majeure.

Une crise qui peut déboucher sur une explosion politique.

L’Irlande est aujourd’hui confrontée à une immigration massive, essentiellement issue des pays de l’Est, qui provoque des montées de xénophobie d’une société d’émigrant qui n’a historiquement jamais connu de migrants sur son territoire. La tonalité du débat sur le traité de Lisbonne était à cet égard édifiante, les affiches du camp du Non étaient très limites.

La crise économique mixée aux questions migratoires risque de provoquer un cocktail explosif

Un commentaire leave one →
  1. 14 juin 2008 14 02 10 0610

    La situation est déjà tellement tendue en Irlande que le Non l’emporte régulièrement dans l’adoption de nouveaux traités (Nice en 2000, Lisbonne hier), alors que ce pays est l’un de ceux qui a le plus bénéficié des aides européennes. Car toute la politique que tu décris n’aurait pu avoir lieu sans l’Union européenne.

    Et pourtant, les gens sont si mécontents de la situation qu’ils votent « Non » lorsqu’on leur demande de choisir entre Oui et Non… quelle que soit la question. Un peu comme en France, où de multiples partisans du « Non » m’ont expliqué avoir fait ce choix de vote pour protester contre la rupture sociale, contre Chirac, pour exprimer leur mécontentement quant à leur situation personnelle, etc.

    Quelle tristesse pour ce beau projet qu’est l’Union européenne. Et quelle tristesse pour cet outil indispensable pour faire face à la mondialisation et aux très gros que sont les USA, la Chine et l’Inde. Quelle tristesse, en somme.

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