Mon île
Il y a quelques semaines, je déjeune, via un ami, avec un associé d’un global macro hedge fund.
La particularité de ce fond est d’être dirigé par des libertariens qui investissent en fonction de leurs frameworks idéologiques. Et là, le type me raconte, avec un sérieux absolu, son dernier projet : créer, avec une licence GNU, un modèle de plateforme offshore habitable que chacun pourra construire et mettre là où il le souhaite.
C’est simple mais révolutionnaire.
Vous pourrez construire votre propre plateforme offshore en dehors des eaux internationales et ainsi échapper aux contraintes des Etats-nations. Votre maison, au milieu de nul part, aura sa propre souveraineté (enfin, pour être plus précis, échappera à toute forme de souveraineté étatique). La plateforme aura son propre écosystème social, politique et législatif.
Le principe est simple : vous pourrez être totalement autonome et échapper à 100% aux contraintes des Etats-nations.
Ces ilots artificiels permettront de disposer d’une alternative aux formes étatiques que nous connaissons et permettront ainsi de créer des écosystèmes plus efficients en termes sociaux et politiques. Vous pensez que ces types déconnent. Je vous assure qu’ils sont très sérieux, ont déjà mis un peu d’argent pour désigner le framework et planifient de lancer une version beta dans les eaux de la baie de San Francisco dans les deux prochaines années.
Vous allez me dire, des projets de ce genre, l’humanité en a connus des tonnes. Bref, rien de neuf sous le soleil. L’île d’Utopia c’était déjà cela.
Certes, mais en l’occurrence la situation est ici un peu différente.
Premièrement, ces types ont un peu d’argent pour financer ce genre de projets.
Deuxièmement, ils n’abordent pas le projet dans un mode « baba cool », mais avec un esprit entrepreneurial très, très marqué.
Troisièmement, ils utilisent l’intelligence collective comme modèle. Nous sommes dans un projet de type « Mozilla » en situation d’agréger l’intelligence de toute la planète.
Et enfin, les technologies sont aujourd’hui au rendez-vous et rendent viable ce genre de projet.




Pas très développement durable tout ça…
Le petit problème quand même c’est qu’échapper à toute contrainte Etat-nation c’est aussi échapper à toute protection Etat-nation !
Génial pour les pirates du 21ème siècle, les petite bobos milliardaires non contents de leur offrir leurs bateaux, leur abandonnent maintenant leurs maisons !!!!!!
Pour terminer, qu’est-ce que c’est que cette obsession de chercher à tout prix à s’éloigner de l’Etat, de la collectivité, de l’humanité ????? Quelle triste évolution de l’homme, animal dont la nature réside aussi dans la notion de collectivité, qui fait tout pour s’isoler, se renfermer sur lui-même…
Alors oui, le rêve est beau de savoir sa maison flotter sur l’eau au loin, sans contrainte ni attache mais la réalité est sectaire, pessimiste, solitaire et bien égoïste. Bof.
On est si bien à croiser ses voisins dans sa cage d’escalier !