Combien vaut une entreprise ???
Nous vivons une époque formidable.
Voilà des années que l’économie mondiale fonctionne en dehors de tout système rationnel.
Voilà des années que le système financier nie la notion même de propriété.
Ces gens gagnent de l’argent sur les profits qu’ils réalisent (ce qui est normal), mais ne perdent pas d’argent en cas de destruction du capital (ce qui est anormal). Simplement parce que le système financier, par le truchement de systèmes de plus en plus complexes, permet à des institutions et des traders d’acheter, de spéculer, bref d’investir de l’argent qu’ils ne possèdent pas.
Nous avons inventé une sorte de capitalo-communisme où l’on privatise les profits et nationalise les pertes. Où les stratégies d’entreprise répondent plus à des ratios de marché qu’à des visions.
Bien évidemment, ce système ne pouvait engendrer qu’une grande catastrophe. Et nous y sommes.
Car quand même, prenons un peu de recul sur la crise que nous traversons.
Depuis des semaines, les pouvoirs publiques se mobilisent avec une énergie exceptionnelle. Garantie des crédits interbancaires, reprise des investissements pourris, recapitalisation des banques, soutien à l’activité. Des trillions de milliards sont mobilisés autour de la planète.
C’est formidable autant d’energie. Mais bon, au-delà du panache, quel est le résultat de cette politique ?
Ben, c’est discutable.
La mobilisation n’empêche pas les marchés de capituler, les cours de plonger et la consommation de s’arrêter.
En fait, c’est comme si les trillions mobilisés étaient juste un coup d’épée dans l’eau.
Et aujourd’hui, quelle est la nouvelle réponse qui se dessine : la fermeture des places financières. Et là, nous sommes vraiment dans le grand n’importe quoi. C’est un peu comme si face à l’effondrement de sa côte de popularité, Nicolas Sarkozy décrétait la fermeture des instituts de sondage.
Fermer les bourses, c’est continuer à refuser de voir la réalité en face.
Cette crise est terrible mais inévitable.
Nous avons appliqué, pendant des décennies, la stratégie de l’autruche.
Les pouvoirs publics et la société dans son ensemble n’ont pas voulu opérer les changements radicaux qu’exigeait l’urgence écologique, l’hyper toxicité des marchés financiers, le maxi endettement des foyers américains et grands états occidentaux.
Et aujourd’hui, le marché est en train de faire ce que nous n’avons pas eu le courage de faire : siffler la fin de la recréation.
Car nous ne pouvions plus continuer dans un système où un jeune diplômé d’une école de commerce peut engager, sur son écran d’ordinateur, des milliards de dollars sur des produits financiers tellement complexes que la notice technique fait 200 pages et plus. Où nous ne savons plus qui possède quoi. Où le profit n’intègre pas le risque. Où les entreprises sont gérées à coût de ratios, de croissance externe et baisse constante de frais de personnels.
Nous n’échapperons pas à une crise majeure qui va réinventer la notion même de création de valeur, de partage de la richesse et de consommation.
Face à la baisse des cours, nous avons aujourd’hui deux lectures possibles.
La première consiste à interpréter la chute prodigieuse des valorisations comme un mouvement passager d’hystérie à la baisse.
La deuxième consiste à analyser cette chute d’une amplitude inégalée comme un mouvement profond qui est la traduction d’une redéfinition radicale des principes même de la création de valeurs au sens large. Si nous assistons à un basculement de système, à la prise en compte de nouvelles externalités, de nouveaux comportements, ce sont des pans entiers de l’économie qu’il va falloir réinventer. Des entreprises, par milliers, vont devoir changer, très rapidement, leurs schémas d’organisation et de création de valeurs.
Prenons l’exemple de Renault.
Comment calculer la valeur de Renault.
Sur un ratio basé sur les profits ? Mais que valent les profits d’aujourd’hui pour construire la valeur d’une industrie qui doit se réinventer.
Sur les actifs industriels ? Mais que valent ces actifs quand les constructeurs automobiles ont externalisé une partie de leur production.
Sur la valeur de la marque ? Mais que vaut une marque qui annonce tous les jours des licenciements.
Sur les brevets ? Qui est capable d’en mesurer la valeur.
Sur le réseau de distribution et de revendeurs ? Avec le développement du net, la valeur du réseau de distribution physique est très discutable.
Bref, aujourd’hui, bien malin qui est capable de présenter un modèle de valorisation d’entreprise rationnel.
Dès lors, ce sont les logiques de valorisation d’une entreprise qui sont à réinventer. Et quand les marchés ne savent plus rationnellement valoriser une entreprise, il est inévitable qu’ils deviennent extraordinairement volatiles et baissiers.



