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La crise et les Rois fainéants de l’innovation

17 février 2009

Jamais dans l’histoire une crise n’avait été aussi rapide, puissante et large.

En quelques semaines, des pans entiers de l’économie mondiale se sont littéralement arrêtés. En quelques semaines, nous nous sommes rendus compte que des secteurs, que d’aucuns pouvaient considérer comme solides ou technologiquement en pointe, tels que l’automobile, l’aéronautique ou la fabrication d’ordinateurs, étaient en réalité extraordinairement fragiles. En quelques semaines, nous sommes passés de la croissance à la récession.

La puissance de cette crise, tant dans sa rapidité de propagation que dans la puissance de son onde de choc, s’explique largement par la mondialisation et la virtualisation des outils de communication.

Mais pas que…

En prenant un peu de recul et en regardant notre économie mondiale et nos grands secteurs d’un point de vue purement technologique, on se rend compte que cette crise est totalement justifiée.

Totalement justifiée parce que des pans entiers de notre appareil de production ont juste oublié, pendant les dernières décennies, ce qui fait le coeur de la création de richesse : l’innovation.

Appâté par le gain des marchés à forte croissance, l’appareil de production occidental a mené une seule réflexion : comment produire plus et moins cher en transférant ses technologies dans des pays à faible coût de main d’œuvre.

Résultat : les Chinois commencent à produire des avions et n’importe quelle nation sait aujourd’hui fabriquer une automobile d’une qualité équivalente aux véhicules produits par les veilles nations européennes.

Le secteur de l’automobile en est la caricature. Voilà une industrie qui, depuis Ford, n’a pas révolutionné sa manière de produire ou de concevoir une voiture alors que nous savons tous, depuis des décennies, que l’issue écologique devrait obliger cette industrie à produire radicalement différemment.

Ce qui est vrai pour l’automobile, l’est aussi pour l’industrie pharmaceutique (qui peine à avancer dans les sciences du vivant et la médecine prédictive), pour la construction immobilière (où sont les matériaux intelligents et écologiques ?…), pour la distribution (qui peine à intégrer en profondeur les bénéfices du e-business), pour la production d’énergie (nous commençons à peine à nous mettre au photovoltaïque et à l’éolien)…

La réalité est que la croissance facile liée à la mondialisation et à un afflux sans précédent de liquidités sur les marchés a transformé nos capitaines d’industries en rois fainéants.

A quoi bon innover, révolutionner son marché, quand la titrisation permet de financer une croissance sans limite et que de nouveaux marchés émergent chaque année…

En fait, la puissance d’innovation de la Silicone Valley, qui a fait naître des marchés puissants et obligé les vieilles industries du cinéma, de la TV et de la musique à réorganiser à marche forcée, nous a fait croire que nous vivions des décennies d’innovation.

La réalité est qu’Internet à l’échelle de l’économie-monde était le village Potemkine qui derrière une facade d’innovation et de prospérité cachait la misère d’industries fainéantes et décadantes.

4 Commentaires laisser un →
  1. 17 février 2009 10 10 31 0231

    Pas faux. Tu pourrais aussi préciser que sans innovation, plus vraiment d’industrie, et que sans industrie, plus de transport, et que sans transport, moins de services etc etc.

  2. 17 février 2009 10 10 37 0237

    Sans trop faire le joueur, je dirais qu’apres Ford il y a eu Toy en terme d’innovation sur la “mnaière de produire” dans l’automobile… Mais bon ce serait pinailler…

    Pour le reste, même si je suis assez d’accord sur le fait que l’innovation n’est pas à 200% depuis quelques temps dans l’industrie, je pense que l’analyse est un peu partial: d’une part, certains secteurs aussi vieux que l’automobile (i.e. Telecoms) ont bien évolué en 15 ans, tandis que d’autres secteurs sont proprement à la veille de cette étape (l’automobile notamment!) mais encore frileux devant un marché peu réceptif à l’innovation…

    Existe aussi le secteur qui absorbe sans cesse l’innovation, la ressert à ses clients, mais sans que ceux-ci la voit, tellement ses produits font partie de la vie de tous les jours, et l’innovation majeur se perd dans le train-train quotidien du client: l’électro-ménager par exemple…!

    Enfin reste les secteurs, type la distribution, ou absorber et intégrer l’innovation d’un autre secteur (e-business) prend du temps, structurellement, et beaucoup d’énergie, avec encore une fois, un marché souvent frileux (ou sous équipé) face à cette nouveauté… Il y a seulement 10 ans (grosso) que les pure players de la distribution physique ont cet outil à disposition, et 3 à 4 ans qu’ils commencent… attendons encore 2 ans !

    Rois fainéants…? pas certain non! Marché frileux? Possible aussi!

    Le vrai problème de l’innovation restant pour moi qu’une innovation ne vaudra toujours que pour ceux qui sont à même de la maitriser ou de la voir comme une utilité dans leur vie de tous les jours… En sommes-nous déja là dans toutes les maisons de notre village…? Loin s’en faut je crois…!

  3. Etienne lien permanent
    17 février 2009 10 10 47 0247

    “Silicone valley” : c’est la vallée où réside Pamela Anderson ??? :D

  4. unnuagedecole lien permanent
    17 février 2009 12 12 00 0200

    Soumis à la réflexion, le propos de l’innovation = nouveauté = faire la différence.

    Le soucis majeur en France est celui de l’Education formatée.
    Ce que l’un des mes interlocuteurs dans la hiérarchie du système éducatif a appelé la désintégration [des enfants] au sens où on les formate à mort.

    Jusqu’à ce que mort s’ensuive pour les esprits.
    Sans rire, c’est une situation dramatique pour les enfants comme pour l’avenir de tous.

    En résumé brutal ça donne sans exagération aucune:
    t’es différent? t’es éjecté du système.

    Le rapport avec l’innovation…

    Le propos du formatage vaut pour le gosse ultra brillant pas du tout dans le moule [qui par bonheur retombera sur ses pattes plus tard et sera intégré dans un truc de R&D - mais...finira à l'étranger sur le secteur de la recherche, la sphère internet, la scène du luxe à la française, ou la gastronomie sublimée exportée].

    Ca vaut tristement pour le gosse différent pour raison de santé, handicaps mineurs/majeurs.

    Et au final, ça se traduit par ‘constituer une différence’ / faire la différence’ …dans tous les cas en France considéré comme contraire aux attentes, pas du tout dans la culture du cru.

    Donc. Contre-productif au possible dans tous les cas.
    Je te prends l’exemple très embarrassant – du handicap.
    A rencontrer la difficulté autour, on sait que les enfants apprennent à regarder le monde d’un oeil différent, préparés. Renforcés, enrichis par l’expérience de l’autre.

    Ce que je dis de simple, au final se résume au principe d’innovation : il est la rencontre fortuite entre 2 idées qui au départ n’apparaissaient avoir rien de commun.

    L’innovation. Toujours une histoire de rencontre.
    Et là, sur ce bout de terre bien bien à l’Ouest – on a du boulot.

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