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Les Rois Fainéants

2 mars 2009

Je vais tenter d’approfondir mon approche des Rois Fainéants de l’Innovation.

Le seul point positif des crises est qu’elles nous obligent à revenir aux fondamentaux.

Depuis la nuit des temps, c’est par la création de nouveaux outils, procédés ou services que l’Homme réussit à augmenter la richesse disponible (ce que nous appelons la croissance).

Cette création, que nous appelons communément innovation, en permettant aux hommes d’être plus productifs, leur permet d’être mieux soignés, mieux nourris, mieux transportés, mieux informés… et de disposer de plus de temps libre.

Ma thèse est la suivante : une des causes profondes de la crise économique majeure que nous traversons aujourd’hui réside dans l’absence d’innovation forte et réelle dans l’économie occidentale depuis le choc pétrolier de 1973.

Vous me direz n’importe quoi, regarde les telcos, regarde l’informatique, regarde les jeux vidéos, regarde l’Internet.

Et bien justement, Internet est l’arbre qui cache la forêt.

L’ensemble des innovations qui transforment aujourd’hui le monde provient d’un seul secteur la IT. Et plus précisément d’une seule région : la Californie. Et encore plus précisément d’un seul modèle de développement : le capitalisme risque.

99% du tissu économique et industriel mondial ronronne et n’a réalisé aucune innovation majeure.

Cette apathie en matière d’innovation a une origine : le règne des Rois Fainéants qui sont aujourd’hui à la tête de l’appareil économique et social en Occident.

Ces Rois Fainéants ont hérité d’entreprises et de modèles qui ont pour la plupart tous été construits, initiés par des pères fondateurs (Ford, Michelin, Leclerc, Lafarge, Bouygues, Lapeyre…) passionnés et visionnaires qui avaient à cœur de transformer en profondeur le monde. Ces entreprises étaient d’abord bâties sur une vision de marché, un process, une offre en rupture avec les règles du marché. Et l’ensemble de ces entreprises a transformé son secteur, fait naitre de nouveaux besoins, créé des centaines voire des millions d’emplois.

Ces entreprises ont, à partir de la fin des années 70, été gérées par des générations de managers formés dans le moule des meilleures écoles de commerce, férus d’ingénierie financière et de modèles théoriques.

Et nous sommes rentrés dans le règne des Rois Fainéants de l’innovation.

Alors que les pères fondateurs inventaient de nouveaux process de production pour faire baisser les coûts unitaires de production, les Roi Fainéants ont fait le choix de délocaliser dans des pays à faible salaire pour faire baisser la masse salariale.

Alors que les pères inventaient de nouveaux produits, de nouveaux services, faisaient naitre de nouveaux désirs chez les consommateurs, les nouveaux managers ont développé la croissance horizontale : les supermarchés se sont mis à vendre de l’assurance, pendant que les assureurs se sont mis à vendre des services à la personne.

Alors que les pères fondateurs investissaient massivement dans leurs appareils de production et renforçaient en permanence leur rampd, les nouveaux managers se sont mis à racheter les titres de leurs propres compagnies avec pour seul objectif de faire remonter mécaniquement le taux de retour sur capitaux investis servi aux actionnaires.

C’est le paradoxe le plus incroyable de cette génération issue de l’après-guerre.

Mis à part les génies visionnaires de la Silicon Valley, les Steve Jobs, John Chambers, Bill Gates et quelques grands capitaines d’industrie visionnaires comme Arnault, la génération des baby boomers sera probablement la génération la moins innovante, la moins créative que nous aurons connue depuis la révolution industrielle.

C’est un constat brutal, surtout pour une génération qui avait 20 ans en mai 68 et voulait réinventer le monde.

La réalité est que cette génération a hérité d’un monde occidental décolonisé, reconstruit, prospère, sans dette et terriblement innovant et nous laisse aujourd’hui une économie exsangue, prête à imploser, une montagne de dettes, un appareil industriel complètement délocalisé, et surtout un monde qui, mis à part dans le secteur des NTIC, n’a pas connu de progrès significatif en quarante ans.

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2 Commentaires laisser un →
  1. 2 mars 2009 10 10 38 0338

    Brutal mais terriblement pertinent et vrai.

    Ce raisonnement rejoind parfaitement cette lettre publique destinée à B. Obama pour sauver l’industrie automobile américaine… La solution, selon l’auteur, c’est un Steeve Jobs, autrement dit un innovateur.

    http://www.techcrunch.com/2009/02/22/letter-to-obama-what-the-car-industry-needs-is-a-steve-jobs/

  2. 24 mars 2009 19 07 22 0322

    Constat très. Disons qu’il y a quand même eu quelques innovations marquantes en matière de génomique ou de physique. Mais pour l’essentiel, je vous suis. Où sont les voitures électriques que prédisaient nos grands-pères pour l’An 2000 ?
    Vous avez raison: le paroxysme de l’inertie, ce sont ces programmes de rachat d’actions propres qui ont émaillé l’actualité des entreprises cotées ces dernières années.
    Si les entreprises se sont montrées si peu innovantes, c’est sans doute en raison d’une doctrine du management focalisée ces dernières décennie sur l’efficacité et le marketing/vente de masse. Elles ont oublié la créativité.
    Bonne nouvelle: les choses changent. Grâce ou à cause d’internet, tout est désormais beaucoup plus concurrentiel. Ceux qui se contentent de racheter leurs actions vont se faire des cheveux blancs…

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