Plan de relance : veille méthode, vieux outils et vieille vision pour une catastrophe annoncée
L’incroyable en période de crise profonde c’est la capacité collective des nations à faire preuve de cécité.
A la suite du sommet du G20, la presse mondiale est unanime pour saluer ce qui est perçu par les analystes comme une refondation, une renaissance du système capable de nous sortir profondément de la crise.
A y regarder de plus près, les réponses apportées à la crise sont non seulement extraordinairement classiques mais terriblement dangereuses.
Terriblement dangereuses car nous savons tous que la crise mondiale actuelle trouve, en grande partie, sont origine dans :
- un recours excessif aux crédits,
- une intervention hasardeuse des banquiers centraux pour doper l’économie à coup de crédits à 0 %,
- une non-visibilité, pour ne pas dire une fraude généralisée, des actifs bancaires.
- l’hyper spéculation et le trou noir des paradis fiscaux
1. Voilà des décennies que l’ensemble des économies occidentales se dope aux crédits.
L’Amérique, pour continuer à financer sa domination militaire sur le reste du monde. L’Europe, pour faire l’économie de réforme douloureuse d’un système social de moins en moins finançable. Les classes moyennes, pour maintenir leur pouvoir d’achat dans un contexte économique où la globalisation des productions attaque directement leurs rémunérations.
Et qu’elle est la réponse du G20 ?
Augmenter, encore et toujours, les déficits en finançant un plan de reprise grâce à la création de nouvelles dettes. Vous allez me dire, il faut bien relancer l’économie mondiale.
Relancer l’économie monde en tentant de financer, à crédit, des secteurs ou des activités à priori condamnés ne fait que retarder et rendre encore plus difficile une crise qui n’est plus simplement une crise financière mais une crise de civilisation profonde. La preuve : nous avons déjà mis 4 000 milliards de dollars dans l’économie monde pour un effet quasi nul. Ce ne sont pas 1 000 milliards de dollars de relance qui changeront la donne. Derrière la crise financière, c’est l’ensemble des modèles issus de la société de consommation qui est en train de s’effondrer.
Et face à cela, le G20 agit comme un drogué dont le premier geste pour commencer une cure de désintoxication serait « the » shoot.
La vraie question est de savoir comment on va rembourser cette nouvelle dette de 1 000 milliards de dollars ?
Et là, la réponse est hélas terrible.
En théorie, cette dette sera remboursée par les générations futures. Mais le volume des dettes issues des engagements publics est tel qu’il est fort probable qu’il ne soit pas remboursable en l’état. Demain, nous n’aurons que deux manières pour faire fondre cette dette. La première, le recours à l’hyper inflation pour faire littéralement fondre. La seconde, la mise en faillite pure et simple des états.
2. L’intervention des banques centrales
Les banques centrales, en dopant les économies avec des crédits à taux zéro, en ne jouant pas correctement leurs rôles de contrôleurs des marchés, ont une réelle responsabilité dans le chaos actuel.
Que propose le G20 face à l’incurie de ces banquiers centraux ?
Rien de moins que de renforcer le rôle du FMI en démultipliant ses moyens d’intervention. Voilà un organisme qui depuis des décennies joue un rôle pour le moins contestable dans les économies des pays en voie de développement dans lesquels il intervient et qui va étendre son influence sur l’ensemble de la planète.
Et comment va-t-il étendre son influence ? En augmentant sa capacité à prêter de l’argent et à imposer des réformes comptables aux Etats !
Vous avez aimé le naufrage argentin ? Vous allez adorer ce qui va arriver dans les prochaines années.
La seule bonne nouvelle de cette histoire est la décision de vendre les stocks d’or du FMI issus des accords de Bretton Woods. C’est une vraie bonne nouvelle pour l’ensemble des car ces stocks vont provoquer un effondrement de la valeur « Or ».
C’est neutre pour l’économie mondiale, mais super pour les futurs mariés en général, et les couples indiens en particulier qui se ruinent en achat de bijoux en or pour préparer les fiançailles.
3. la gestion des actifs bancaires
Là, c’est juste incroyable. Pour faire face au manque de visibilités des actifs bancaire, le G20 vient de permettre aux banques de sortir d’une logique de « time to market » dans la valorisation de leurs actifs les plus toxiques.
A priori, c’est une notion de bon sens, le « time to market » étant en période de crise une logique très destructrice de valeurs.
Pour autant, en permettant aux banques de fixer une valeur théorique à leurs actifs les plus pourris, le G20 introduit une double toxicité dans le système.
Premièrement, la valorisation des actifs bancaires va de venir de plus en plus rock’n roll. C’est un peu comme si un individu souhaitant démontrer sa solidité face à un organisme de crédit choisissait lui-même de valoriser son patrimoine. C’est probablement le début d’un grand n’importe quoi dans la valorisation des actifs bancaires.
Deuxièmement, la priorité de marché est que les banques débarrassent leurs bilans des actifs les plus toxiques qui font courir un risque systémique sur le marché. Mais quand le régulateur vous permet de garder dans votre bilan un actif à une valeur théorique bien supérieure à une valeur de marché, vous n’êtes vraiment pas poussé à liquider. Au contraire, la logique vous pousse à garder l’actif le plus longtemps possible, car demain est un autre jour.
Bref, le G20 introduit de nouvelles formes de toxicité dans un système déjà au bord de l’explosion
4. La question du secret bancaire et l’hyper spéculation
En théorie, publier la liste et sanctionner les états ayant des pratiques favorisant une utilisation criminelle des marchés financiers est saine. Sauf que la liste établie est une liste très politique.
La première réalité est que le cœur du secret bancaire et des pratiques de blanchiment à grande échelle se trouve à la City (via les trustees) ou aux Etats-Unis avec le Delaware. Et là rien. Pendant que l’on charge l’Uruguay on ne regarde pas le Delaware.
La seconde réalité est que sont les grandes multinationales, et en particulier des entreprises à capitaux publiques (air France, Voyages SNCF) qui ont le plus recours aux mécaniques de compensation internationales, à la complexification des flux financiers, avec un seul objectif : optimiser l’évasion fiscale. Et là rien. Juste rien.
Pire que le G20, nombre des plans de relance, celui d’Obama entre autres, sont de formidables mécaniques à fabriquer de l’hyper spéculation. Quand on permet à un investisseur d’utiliser, via le recours à des garanties d’état, un effet de levier de 9 (1 euro investi pour 9 euros mis sur le marché) pour racheter les actifs toxiques, non seulement on crée mécaniquement les conditions d’une bulle spéculative, mais on fabrique une prime à l’enrichissement pour les spéculateurs maitrisant parfaitement les produits dérivés complexes.
Pourquoi ce plan se trompe de cible ?
Fondamentalement, le plan du G20 est une impasse car il tente de résoudre la crise avec les instruments et au-delà le système d’exploitation qui sont à l’origine de la crise.
Rêvons un peu, mais le G20 aurait pu accoucher d’une réelle refondation du système basée sur un plan ambitieux de recherche & développement, d’innovations et de mise en place de nouvelles solidarités dans des domaines aussi essentiels pour l’avenir que les technologies propres, les sciences de l’éducation, la mise en place d’infrastructures permettant de répondre aux changements climatiques…




Merci pour cette analyse.
En lisant la presse on croit rêver. La crise serait finie, le G20 aurait été un exceptionnel succès.
Ils ont le mérite d’avoir bien recopié le communiqué de presse.
Ou alors ils ont été tellement habitué aux sommets qui ne débouchaient sur aucune décision que le simple fait que des décisions aient été prise est une victoire? Quelle que soient ces décisions?
En ce qui concerne Obama, même si son plan est dangereux, il a au moins le mérite d’être un parti pris intelligent : quitte à relancer du cash, ce qui est dangereux, autant le faire dans des domaines bien choisis : le green et le high tech.
En France rien, à part des cadeaux à des industries qui ont prouvé depuis des années qu’ils n’étaient plus capable d’innovation.
“G20 aurait pu accoucher d’une réelle refondation du système”
c’est impressionnant…on dirait que le G20 n’a rien compris à la crise…Le système actuel est obsolète, fini, faut l’oublier….La crise est faite pour tout refaire, refondre, repartir sur de nouvelles bases….
Ce dernier paragraphe est juste la base sur laquelle le G20 aurait du travailler…ce n’est pas vraiment rassurant pour notre avenir.
Salut Bruno,
bon ben j’aurai la même réponse que dans ton post intitulé “C’est la guerre” :
“La crise économique actuelle est un Hiroshima dont l’onde de choc est planétaire. En son temps, la dite bombe avait fini par raisonner les belligérants. Ils étaient allés trop loin. Aujourd’hui, la crise économique n’inspire qu’une réponse économique. On réinjecte plusieurs milliards de dollars et d’euros dans l’économie comme on réarmerait une mitrailleuse. Je reste désespérément à la recherche des mots “paix économique” “armistice financier”ou mieux “reconstruction humaine”