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Et oui, moi aussi, je deviens un vieux con !

18 décembre 2009

La semaine dernière fut, pour mes enfants, celle des conseils de classe. Et là surprise. Facebook compte maintenant dans la note de vie scolaire. Mini fronde des enfants qui crient au viol de leur intimité et de leur liberté d’expression.

À ce stade, je n’avais pas vraiment d’avis. Mi surpris, mi amusé qu’une start-up californienne puisse impacter directement le bulletin de notes de collégiens en France.

Puis en faisant des recherches, via Facebook search et Google, j’ai découvert une nouvelle facette de Facebook. Nettement moins fraternelle.

Un Facebook qui constitue un concentré du pire des comportements d’ados mal dans leur peau, qui ne savent pas poser des limites. Un Facebook où l’insulte devient un code de conduite, l’humiliation une norme et la bêtise la plus crasse, une règle de vie.

Tout d’un coup, je me suis mis à comprendre une administration totalement dépassée par un réseau social lui-même totalement débordé et dévoyé de son usage premier.

Et là, je me suis dit qu’intégrer dans une note de vie scolaire des comportements sur Facebook était entendable. C’est un moyen pour faire la pédagogie des réseaux sociaux et faire comprendre à des adolescents où est la limite entre un update de statut et la calomnie.

Vous allez probablement trouver que j’opère un swap idéologique dangereux.

Certes, vous avez raison.

Commencer à noter les comportements sur les réseaux sociaux est un acte fort qui peut déboucher sur des pratiques liberticides. Et se savoir observé par l’administration de son école sur un réseau social est difficilement acceptable.

Mais ce raisonnement, que je partage, a une limite.

Cette limite c’est le rapport étrange qu’entretiennent les ados avec Facebook et dans une moindre mesure avec les Skyblog.

J’ai été assez étonné de la discussion que j’ai eu avec mes enfants, et leurs amis, à propos de la note de vie scolaire.

Non seulement, ils ne comprennent pas les notions de privacy sur Facebook : de ce qui est public et référençable, partagé avec les amis de ses amis, partagé avec ses amis ou totalement privé.

Mais plus globalement ils ignorent ce vieux concept que nous appelions au siècle dernier la netiquette. Pire lorsqu’ils sont sur les réseaux sociaux ils « twist » et appliquent un mode de pensée différent du monde réel.

Un exemple ?

Ils trouvent totalement inenvisageable d’insulter un professeur en pleine classe, mais pas plus choquant que cela de créer un groupe public intitulé « « nom du prof » est un con ». Ils pensent que c’est une question de liberté d’expression qui existe depuis la nuit des temps. Le raisonnement est simple : « avant les élèves s’exprimaient en faisant des graphitis sur le mur des toilettes maintenant c’est sur un wall sur Facebook, où est le problème ? »

Et bien, avant comme maintenant, quand un élève se faisait prendre entrain de graphiter un mur, il se faisait sévèrement sanctionner. Non seulement parce qu’il dégradait l’établissement mais aussi et surtout parce qu’il portait atteinte à l’intégrité de l’enseignant.

Et surtout imaginer que poster un message sur un blog, un wall ou un groupe public est la même chose que faire un graphiti, démontre une incompréhension totale de ce qu’est l’Internet social. Un graphiti restait dans les toilettes d’un établissement. Alors qu’un message posté sur le net a un don d’ubiquité. Il se développe, voyage. Il devient visible par des milliers voir des millions de personnes et vient entacher la e-réputation de l’individu insulté.

Quitte à passer pour un vieux con, mon point est le suivant : les ados disposent d’une chance incroyable.

Ils ont hérité d’un outil extraordinaire, bâti par d’autres, appelé Internet et plus particulièrement le web social. Ce web s’est construit par itérations. Nous avons peu à peu créé des règles implicites de savoir vivre ou plutôt de savoir partager.

Aujourd’hui nos enfants s’y jettent avec passions et s’auto approprient ce territoire.

Ce qui est formidable à un détail près. Ils y arrivent en ayant aucune conscience des règles de netiquette et arrivent à transformer Facebook en un cloaque où les ados, les plus mal dans leur peau, s’y font humilier et les enseignants totalement maltraités. Et c’est là un vrai danger de dénaturation des réseaux sociaux et au-delà de confusion des genres pour les ados.

Dans ce contexte, intégrer dans une note de comportement scolaire, qui juge de la qualité du comportement et de la participation à la vie scolaire, le respect d’un minium de règles sur les réseaux sociaux, me semble dans ce cadre une bonne chose.

7 Commentaires laisser un →
  1. 19 décembre 2009 9 09 05 1205

    Je comprends ton raisonnement et tu m’as fait aller plus loin dans cette réflexion que le simple haussement de sourcil contre cette nouvelle démarche de la direction mais je me pose quelques questions :
    Comment cela se passe-t-il s’ils sont tous en privé ? Sont-ils obligés d’avoir l’administration comme ami sur Facebook ? Qui fait cette surveillance pour le compte de l’administration ?

  2. 19 décembre 2009 10 10 31 1231

    @Xavier c’est le problème et la limite du modèle de l’administration. Avoir comme “friends” l’administration est juste non acceptable c’est un comme si dans un contrat de travail on obligeait un collaborateur à avoir comme “friends” sa DRH. La position de l’administration est de ne pas intervenir si le cpte ou le groupe est privé. Je pense que c’est la CPE qui surveille. Remarque cpte tenu du nombre de parents qui se plaigent la délation devrait suffire.

  3. 20 décembre 2009 22 10 39 1239

    De facto, ton analogie avec le graffiti était bonne. “Pas vu, pas pris”. Le risque potentiel, c’est comme HADOPI, le passage à des zones privées ou cryptées qui rendent Internet moins sûr à long terme et rendent plus compliqué la détection de comportements réellement suspects.

  4. 21 décembre 2009 17 05 39 1239

    Non, je ne crois pas que tu agisses en “vieux con”, mais plutôt en “vieux geek” averti & conscient de tous les dangers que représentent une utilisation déraisonnée du web2.0. Sanctionner l’utilisation de Facebook est dans la suite logique de l’acquisition des compétences du B2i …Si bien entendu le groupe surveillé en question est public.

  5. 22 décembre 2009 12 12 25 1225

    Bonjour,
    Je réagis à votre article qui a attiré toute mon attention. Je suis sociologue et je mène actuellement une étude approfondie sur l’usage d’internet par les jeunes de 8-18 ans pour le compte d’une association lyonnaise d’éducation aux médias, http://www.frequence-ecoles.org.
    Ce que j’ai constaté auprès des jeunes interrogés (50 en entretiens individuels et + de 1000 pour répondre à nos questionnaires) me donne une impression plus mesurée et moins alarmiste que la votre. Effectivement, les ados sont nombreux à utiliser Facebook, mais ils ont conscience de manière assez abstraite encore qu’ils y “défendent” leur image… d’où les photos avantageuses, le nombre d’amis exponentiel etc. Il apparait également que, dans la majorité des cas, les jeunes refusent les invitations de personnes qu’ils ne connaissent pas. Même au niveau des blogs persos, ils ont conscience d’être lus, y compris par des inconnus… C’est même le but pour récolter le plus de commentaires possible.
    Auprès des enseignants que nous avons rencontrés, nous avons eu écho de quelques vrais dérapages : un groupe FB contre telle pionne, un blog contre tel prof… Dans 2 cas, le chef d’établissement ou l’adulte attaqué est allé jusqu’au dépôt de plainte.
    En revanche, le vrai outil “défouloir” est MSN. C’est cet espace-là que les jeunes privilégient pour régler leurs comptes… parfois violemment. Le choix de MSN est clair : la conversation n’est pas publique et les écrits ne restent pas publics comme sur Facebook.
    C’est un vaste sujet que vous abordez dans ce billet, et je l’ai vu, dans des billets précédents. Nous, adultes, découvrons l’outil internet quasiment en même temps que les jeunes. Autant les adultes émettent des réticences, expriment des craintes face à ce nouvel outil, autant les jeunes s’en sont emparé immédiatement.
    Beaucoup d’études et de sondages diabolisent l’usage d’internet par les jeunes. Il y a, certes, des débordements et des dérapages… mais comme chez les adultes ! Contrairement à ce que l’on pense, et au vu des premiers résultats de notre enquête (conclusions publiées en février), j’ai surtout le sentiment que les ados utilisent internet comme une “extension” de leur vraie vie, pour retrouver leurs copains et continuer leurs discussions quand ils rentrent à la maison le soir. Un usage finalement beaucoup plus sage que ce que l’on pourrait penser…

  6. 25 décembre 2009 19 07 27 1227

    Permettez moi de donner mon avis. Je suis un ado, j’ai 16 ans, lycéen.
    Personnellement, je pense être tout à fait au courant des risques encouru sur Facebook, je connais chaque personne qui se trouve dans ma liste d’amis, mon adresse et mon numéro de téléphone ne sont pas indiqué. Ce n’est malheureusement pas le cas de tous, je vous l’accorde, des cours d’utilisations des réseaux sociaux serait les bienvenue, quoique, je pense que le ministère de l’éducation serait totalement incapable de les mettre en place.
    Je rejoins l’avis de Elodie Kredens, nous nous servons de Facebook comme d’extension à notre vie. Je n’ai jamais eu vent, dans mon réseau d’amis, d’incident du genre de ceux dont on entend parler en ce moment sur internet. Se sont des cas exceptionnels.
    En revanche, je rejoins l’avis de Bruno Walther pour ce qui est de l’humiliation: “Un Facebook où l’insulte devient un code de conduite, l’humiliation une norme et la bêtise la plus crasse, une règle de vie.” C’est tout à fait vrai, en revanche, je peux vous l’affirmer, Facebook n’est, sur ce point là, qu’un avant gout de ce qui se passe au bahut.
    Pour en revenir au sujet principal, je ne comprend pas bien comment l’administration du collège de vos enfants fait pour noter le comportement sur Facebook quand celui-ci est public. Je m’explique: établissement scolaire, rue, groupe public Facebook, nous sommes d’accord, cela relève de l’ordre du public, mais depuis quand l’administration scolaire s’occupe de ce qui se passe hors de l’établissement? Oui il s’agit d’une violation de la vie privée. Nous avons toujours dis du mal de nos professeurs, ceux que nous trouvions incompétents, n’avait vous jamais fais pareil? Mais il est vrai que cela prend une autre dimension sur internet, mais comme je l’ai déjà dis, cela reste assez exceptionnel.

  7. 27 décembre 2009 18 06 07 1207

    @elodie
    @momo
    je suis totalement d’accord les réseaux sociaux sont une excroissance de nos vies…

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