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Next décade : nous liquiderons les retraités ! (3/5)

23 janvier 2010

Suite de ma série de posts sur “what’s gonna happen” dans les 10 prochaines années. Warning : ce post ne parle pas de dashboards :-)

Vous ne le saviez peut être pas  mais la France avait un système de retraite par capitalisation. Des fonds de pensions catégorielles, adossés aux syndicats de travailleurs, permettaient aux salariés d’épargner pour leur retraite. Le système était imparfait, mais la retraite était, au début du siècle dernier, une question sociale mineure. La CGT préférant l’augmentation des salaires à une retraite théorique.

C’est Pétain qui abrogea le système de capitalisation et institua le retraite par répartition.

Idéologiquement, Pétain se méfiait des syndicats et de la finance. Il voulait un système où les jeunes paieraient pour les anciens au nom de la solidarité intergénérationnelle.

Tactiquement cela lui permettait, comme Hitler l’avait fait quelques années plus tôt, de prendre le contrôle des ressources financières des fonds de pensions (créés et contrôlés par les syndicats), pour verser immédiatement une retraite aux « vieux » français. Et c’est ainsi que le 14 Mars 1941, Pétain institua la retraite par répartition.

Hélas, nous avons gardé ce système voulu et pensé par Vichy.

Pourtant depuis des décennies, nous savons que ce système est non-viable.

Structurellement, il repose surtout sur un schéma de Ponzi assez grossier.

Et conjoncturellement, nous arrivons à un point de non-retour avec :

  • Une assiette de cotisants (les travailleurs actifs) qui ne cessent, avec le chômage et la démographie, de se rétracter.
  • Des ayants droits (les retraités) qui ne cessent de croître avec l’arrivée des baby-boomers et l’augmentation de l’espérance de vie.

Bref, les spécialistes nous expliquent que le système implosera entre 2015 et 2025.

Pour autant, il y a un élément que les statisticiens ne prennent pas en compte. C’est la donnée générationnelle et politique.

Ma génération, qui est globalement née après 68, va prendre le pouvoir économique dans la prochaine décennie.

Et faisons un petit bilan du pays que nos aînés nous laissent.

Ces gens-là ont hérité d’une France pacifiée, reconstruite, décolonisée, désendettée, avec un chômage proche de zéro et une croissance forte.

Et il nous laisse : une France gavée de dettes, un tissu industriel ravagé, un chômage endémique, une éducation en lambeau et une nation en lambeau qui se déchire sur son identité.

Et certains esprits imaginent qu’une génération entière acceptera sans broncher :

  • Une montagne de dettes en guise d’héritage
  • De préparer, via un système de capitalisation, sa propre retraite,
  • et en plus de financer un système de répartition non-viable qui n’existe encore que par l’inconsistance et le manque de courage de la génération des “baby-boomers’.

Cela n’arrivera pas.

D’autant que l’économie mondiale va nous obliger à faire des choix.

Dès que les pays émergeants signerons la fin de la récré, nous allons devoir faire face aux financements de notre dette publique.

Nous avons tendance à l’oublier mais ce sont les pays émergeants qui nous servent d’organisme de crédits. Ils payent cash nos dettes et en échange nous continuons à acheter leurs produits.

Mais cela va inévitablement s’arrêter.

La Chine a démontré, en 2009, qu’elle pouvait maintenir une croissance forte en stimulant son marché intérieur. Face aux tensions sociales internes qu’ils doivent affronter, les pays émergeants vont utiliser leurs énormes liquidités pour soutenir leurs classes moyennes et les doter d’un système de protection sociale digne de ce nom.

Nous devrions nous en réjouir. C’est bon pour notre compétitivité et fantastique pour la qualité de vie des indiens et des chinois.

Mais ce basculement va être douloureux. Il nous privera de l’accès quasi illimité à l’épargne des pays à forte croissance qui nous permet de financer nos déficits publics.

Dès lors, il est hautement probable que les Etats à faible croissance, comme la France, ne trouvent pas sur les marchés  des moyens pour financer le coût de leurs dettes et de leurs déficits.

Ce qui nous guette c’est ni plus, ni moins que le défaut de paiement.

Je ne crois pas au scénario catastrophe, systémique qui entraînerait la faillite en cascade des Etats. Les Etats ont des ressources et les pays émergeants, au risque de perdre l’ensemble de leurs avoirs en bon du trésor, ne peuvent se le permettre.

Pour autant, nous ne pourrons pas faire face à l’ensemble de nos obligations. Et c’est là que nous aurons à faire des choix. Nous devrons apprendre à vivre sans la drogue dure que constitue le crédit.

Et je vous fais le pari que nous ne prendrons pas le risque de mettre en péril les fonctions régaliennes de l’Etat ou l’avenir de nos enfants.

Non irons au plus simple.

Nous sacrifierons nos anciens. Vous verrez que ma génération n’assumera pas l’incurie politique de nos anciens.

Vous avez aimé la guerre des civilisations, vous allez kiffer la guerre des générations.

Déjà nous voyons fleurir une littérature d’enfants post-soixante-huitards expliquer tout le bien qu’ils pensent de leurs aînées. Elle se met en place et nous servira de charpente, de justifications idéologiques pour faire des choix durs.

Vous verrez qu’à la fin de la prochaine décennie nous parlerons assez librement de l’appauvrissement programmé et nécessaire des retraités issus du baby-boom.

Vous ne me croyez pas ? Vous verrez.

Nous commencerons par jouer avec la monnaie pour fabriquer de l’inflation. Ce qui nous permettra à la fois de diminuer la charge de la dette et de réduire les coûts relatifs des retraites dues au titre de la répartition.

Ensuite, à l’instar de certains pays africains, nous nous habituerons à payer les retraites avec un lance-pierre.

Et enfin, nous finirons par liquider, purement et simplement les caisses de retraites, et les droits que nous trouverons extravagants.

3 Commentaires laisser un →
  1. Olivier du Chayla lien permanent
    10 février 2010 15 03 27 0227

    Salut Bruno,
    Bravo pour le post ! J’adore !
    Parfaitement “incorrect” et tellement vrai.
    A bientôt
    Olivier

  2. 1 mars 2010 14 02 30 0330

    Je crois tout à fait à l’apparition de ce conflit générationnel. Ses bases et ses effets sont déjà là mais nos post-68ards les ont habilement camouflés derrière une idéologie que la “jeune” génération porte à bras levés (jusqu’à ce qu’elle se rende compte de la duperie). Pour moi, les vieux et les retraites ne sont pas encore en 1ère ligne. Les post-68ards vont garder le pouvoir aussi longtemps que possible pour préserver leur fin de vie. Nous en avons encore pour quelques années à absorber leurs injonctions à vivre plus chichement, plus “durablement”, dans un monde plus libéral. J’en parle ici : http://unoeil.wordpress.com/2009/10/02/le-temps-des-nomades/ et ici : http://unoeil.wordpress.com/2010/01/29/neo-feodalite/

  3. Sébastien Rouchon lien permanent
    9 mars 2010 16 04 27 0327

    Je suis aussi persuadé que la lutte des classes va se muer en lutte des générations.
    Il faut maintenant travailler 30 ans pour se payer l’appart que nos grands-parents ont acheté en 5 ans et nos parents en 15 ans grâce à l’inflation !

    Le pire est de voir nos retraités dépenser l’argent du travail des jeunes pour se faire construire des maisons à Bali ou en Thailande et se faire bronzer 6 mois de l’année.. (Bon c’est clairement pas vrai pour tous..).

    Ce qui me fait peur c’est que je vois pas bien comment on va s’en sortir de façon démocratique…

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