Les éditeurs vont mourir et c’est tant mieux
J’ai voulu prendre un peu de temps avant de faire un post (un énième de plus) sur l’IPAD et l’édition.
Je fais partie de ceux qui pensent que l’Ipad qui n’est pas une révolution technologique en soit (c’est le moins que l’on puisse dire), va brutalement heurter l’édition.
L’Ipad est pour le monde de l’édition à la fois une formidable nouvelle et une catastrophe annoncée.
Côté face, les éditeurs disposent d’une plateforme qui leur permet de protéger leurs droits et qui va développer de nouveaux usages de lecture et des nouveaux besoins de consommation. Avec l’Ipad, nous allons consommer les livres différemment.
Première révolution, nous allons être à un clic de l’ensemble des ouvrages de la planète. En vacances, au bout du monde, vous pourrez vous procurer, via l’ipad store, le livre que vous avez besoin de lire. Deuxième révolution, en introduisant les hyperliens, les formats multimédia, une capacité conversationnelle autour des ouvrages, l’Ipad va créer une expérience inédite de lecture. Troisième rupture, n’importe quel terrien va pouvoir s’auto éditer. C’est juste la fin du monopole des éditeurs sur l’accès aux lecteurs.
Côté pile, les éditeurs vont devoir affronter une révolution majeure et se réinventer en profondeur. Même si l’objet livre continuera à exister, nous allons voir des pans entiers de l’édition être complètement et assez rapidement ré intermédiés par l’édition numérique. Cela va probablement commencer par l’édition de livres pratiques, se poursuivre sur l’édition professionnelle, s’accélérer avec les grands classiques et l’édition scolaire.
Première difficulté, ce sont les catégories de l’édition offrant le plus haut niveau de rentabilité qui vont basculer laissant les éditeurs traditionnels dans une situation financière intenable. Seconde difficulté, les éditeurs vont devoir intégrer des fonctions interactives et sociales dans leurs ouvrages. Troisième difficulté, la chaîne de distribution classique de l’édition va subir l’onde de choc de l’Ipad. Il est clair qu’une partie des libraires va disparaître (comme avant eux les disquaires).
Les éditeurs vont devoir apprendre à placer un ouvrage en tête de catégorie dans l’Ipad Store et ce n’est pas gagné. D’autant que les dirigeants de maisons d’édition, à l’exception notoire d’Hachette, sont probablement les gens les plus conservateurs, imbus et allergiques aux changements que je connaisse.
Les éditeurs vont donc mourir et c’est tant mieux…
Vous me trouvez rude ?
Jetez un coup d’oeil sur le bilan des maisons d’édition.
Économiquement, n’en déplaise aux éditeurs, ce secteur vit sur le pillage organisé des auteurs. L’auteur ne touche qu’entre 8 et 12% du prix de vente. Dis autrement, 88 à 92 % de la valeur d’un livre, sont absorbés par des gens qui n’ont pas grand-chose à voir avec la création littéraire. Voilà typiquement ce que j’appelle une industrie de parasites.
Démocratiquement, l’édition est une caste fermée avec des codes et des rites. Difficile pour un jeune auteur d’émerger dans ce magma. Pire l’édition au fils des ans a été incapable de démocratiser le rapport à la lecture qui reste fortement corrélé à la catégorie socioprofessionnelle et au niveau des diplômes.
Mais avant de mourir, ils vont psalmodier, crier à la mort de la culture et invoquer le dieu subvention. Et vous allez voir que la puissance publique cédera. Des collectivités locales aux ministères, nous allons financer la mise sous respiration artificielle de quelques maisons d’édition du boulevard Saint Germain et des librairies bien pensantes.
Le résultat tangible sera que nos enfants seront probablement les derniers européens à disposer d’un cartable électronique et que nos maisons d’édition louperont les auteurs majeurs du vingt-et-unième siècle.




Article réaliste, C’est aussi le secteur du papier et de l’impression qui va une nouvelle fois en subir les conséquences. Mais pourquoi être aussi négatif sur la capacité des éditeurs et auteurs français à rebondir. Pourquoi les auteurs et journalistes continueraient de travailler avec des éditeurs “papier” subventionnés, si leur avenir est ailleurs ?
Je vous trouve sévère avec les éditeurs. “Parasite” vous dites… Autant je suis d’accord que le métier d’éditeur doit se renouveler, autant je pense que c’est une erreur de croire que l’auteur n’aurait plus besoin de personne pour rencontrer ses lecteurs et ceci grâce au web et aux “gogogadgets” d’Apple ou d’autres. Certains gros vendeurs n’auront plus besoin de personnes pour se distribuer et se faire connaître ; pour les autres, l’éditeur peut encore être utile… Enfin, dire que c’est au secteur de l’édition de démocratiser le rapport à la lecture c’est se tromper de cible. C’est avant tout l’école, la formation et l’enseignement qui est à revoir.
L’édition est aussi un business. Et comme souvent c’est la qualité de l’offre qui crée la demande.
L’offre de lecture produite par les éditeurs est assez médiocre au sens où elle ne permet pas à des non-lecteurs de faire connaissance avec le livre.
Prenez Hachette ou les grandes maisons anglo-saxonne, avec un marketing très affinitaire, elles ont réussi à convertir, grâce à Harry Potter et &, des millions de gamins à la lecture.
Si effectivement, cette situation peut récompenser un peu plus le travail des auteurs tant mieux.
Mais sur le plan technologique, je “m’éléctronise” personnellement de plus en plus…ipod, application, dématerialisation de tous mes outils pour des raisons pratiques etc…et j’en ai marre. Si Apple et les grands ingénieurs informatiques et technologiques qui en font partie, nous apportent un plus au niveau pratique, ils passent complètement à côté de la notion de plaisir.
Non l’Ipad ne me fera jamais apprécier plus le travail d’un auteur que l’impression soignée de l’oeuvre sur un papier d’édition ! Non, un film piraté sur Youtube ne vaut pas sa projection dans l’environnement feutré d’une salle de cinéma. Et non, je ne retrouve pas sur un site e-commerce le plaisir de dévaliser une boutique où se mèlent odeurs, couleurs, expériences et échanges humain avec un vendeur…
Le numérique et l’électronique se trompe quand ils font l’économie de l’objet, du sensoriel, du sensuel…notion inaliénables de la valorisation d’un travail d’auteur.
un petit bémol tout de même :
quand vous dites “Première révolution, nous allons être à un clic de l’ensemble des ouvrages de la planète. En vacances, au bout du monde, vous pourrez vous procurer, via l’ipad store, le livre que vous avez besoin de lire. “, vous oubliez que c’est déjà le cas avec le Kindle d’Amazon.
où que l’on soit, on peut browser dans la bibliothèque Amazon et télécharger le livre que l’on souhaite, quelque soit le coin du monde où l’on se trouve, car la connection 3G là est gratuite (mais limitée au browse du catalogue, du site Wikipedia US je crois, et au téléchargement)
pas d’abonnement, livre disponible dès qu’on fini un tome par exemple sur la plage, on achète la suite et continu sa lecture en 1 min…
bref, cette révolution ci n’en ai pas une, surtout si elle implique le fait de prendre un abonnement supplémentaire.
fred
Rentabilité, rentabilité… Sur ma planête, un livre n’est pas un objet de consommation, pas plus que le cinéma. En lisant ce court article sur la mort des éditeurs, on renifle votre parfaite ligne de conduite du “je consomme donc je suis. ”
J’attends avec impatience, de mon côté, la “mort de cette triste triste “philosophie” car sur ma planête, sa mort est déjà programmée.
Article très intéressant. J’ai analysé l’iPad comme une non révolution technologique, mais pas sous l’angle de menace envers l’édition classique (http://www.i-seb.com) .
Comment expliques-tu cependant que le e-Book ne perce pas le marché??
Avant l’ipod il y a eu les lecteurs MP3… Puis vint une rupture ergonomique avec l’Ipod.
L’ipad risque de ré-éditer le meme exploit
regarde plutot ça
http://www.wired.com/epicenter/2010/02/the-wired-ipad-app-a-video-demonstration/
Fan de science fiction et anglophone, j’ai arrete de me faire du mal avec les traductions francaises de TRES mauvaises qualite pour aller directement me servir en ebook aux US.
Je recommande l’editeur americain Baen.com pour sa diffusion electronique avant la version papier sans DRM. Voir webscription.com pour les details.
5$ le livre electronique dans le format souhaite, sans mesure de protection idiote, obligeant a les craquer pour utiliser le livres de facon utile.
Dans la liste , il y a par exemple david WEBER, dont tous les livres passent par la liste des meilleures ventes du NYT.
A quand un editeur de cette qualite en France? Et ne me parlez pas de l’existant, je pleure a chaque fois que je vais voir leurs listes. On ne trouve rien. Le backlog (fond de catalogue?) est affligeant. Alors que la version electronique d’un livre, il suffit de la faire une fois. Puis de la vendre autant de fois qu’on peut? Sans frais.
Je sais, on passe d’une economie de penurie a une economie d’abondance. Mais ce n’est pas le premier domaine a avoir a gerer cette transition.
Tadaaa.
“Mais avant de mourir, ils vont psalmodier, crier à la mort de la culture et invoquer le dieu subvention. Et vous allez voir que la puissance publique cédera. Des collectivités locales aux ministères, nous allons financer la mise sous respiration artificielle de quelques maisons d’édition du boulevard Saint Germain et des librairies bien pensantes.”
Malheureusement c’est ce qu’on a vécu avec les banques et l’industrie automobile. Les plus irresponsables sont toujours les plus soutenu…