Et pourtant il a raison !
C’est l’histoire d’un type qui décida d’investir massivement dans des secteurs et des entreprises qui se réinventent.
Ici ce fut la musique avec My Major Company, l’énergie avec Direct Energie, le secteur du pari avec BetClic …
Légitimement cet entrepreneur, hors norme, décida de se re-intéresser à son cœur d’expertise : la production de contenus et la monétisation de l’audience.
Il attaqua ce secteur en partant d’un constat simple : les modèles qui régissent aujourd’hui la production de contenus et leurs monétisations sont très largement caduques.
D’un côté la majorité des contenus phares ont été conçus, il y a une dizaine d’années. De l’autre, les formats de monétisation de l’audience, les bons vieux spots de pub, sont dépassés.
Il décida donc de bousculer les lignes, d’innover, de tenter de nouvelles choses. Bref de tenter de construire les formats de contenus et les stratégies de monétisation d’audience de l’ère post télévisuelle.
Il commença par créer une fédération d’entrepreneurs : Banijay. Naturellement, il décida de produire des formats pour l’ensemble des acteurs, y compris les annonceurs. Renault lui confia la conception et l’animation de la chaîne Renault.tv.
Puis fin l’arrêt de la publicité après 20h sur France Télévision et la privatisation de sa régie publicitaire. Il se porta acquéreur en s’associant avec Publicis. Il remporta l’enchère.
Et c’est à partir de là que l’histoire devient dingue.
Les agences de publicités de l’ancien monde crièrent aux conflits d’intérêts.
Le plus étonnant est que ces agences ont été complètement silencieuses pendant le processus de sélection du repreneur. Non seulement, elles n’ont pas saisi l’opportunité de la privatisation. Mais surtout, elles ne se sont même pas interrogées sur le sens de l’histoire, qui faisait qu’un pur player de la monétisation des contenus sur Internet, comme Hi-média, puisse se porter candidat au rachat d’une régie de pub TV.
Je dois vous avouer que j’ai été littéralement décontenancé par la démesure des arguments invoqués par les uns et les autres.
Jusqu’au jour où en discutant avec un patron d’agence, j’ai enfin compris.
La réalité est qu’il existe une sorte de Yalta implicite dans le monde des médias et de la publicité. Des murs indépassables séparent ceux qui produisent et diffusent les contenus (journalistes, producteurs, animateurs, média), ceux qui financent les médias (les annonceurs) et ceux qui conseillent et créent les contenus des annonceurs (les agences).
Que des acteurs qui traditionnellement conseillent les annonceurs (Publicis) ou produisent des contenus (Banijay) puissent en même temps monétiser les audiences en s’adressant directement aux annonceurs pour inventer de nouveaux formats de monétisation, remet en cause l’organisation profonde du marché et les systèmes de pensées.
Les agences et certains médias vivent ce mouvement comme une menace existentielle.
Pourtant, il est évident que dans un monde connecté où les contenus sont désintermidés et délinéarisés, les vieilles barrières des vielles disciplines sont condamnées. Les régies, les producteurs de contenus et les fonctions de conseils aux annonceurs ont vocation à se mélanger. C’est comme cela que fonctionne le net et c’est le sens de l’histoire.
Il est incontestable que l’économie du système qui reposait sur la vente d’espaces publicitaires pour financer des contenus gratuits ou peu onéreux a vécu. Les marques doivent inventer de nouvelles manières de se médiatiser qui dépassent le spot de 30 secondes.
L’enjeu profond de l’ensemble du secteur de la communication et des médias est donc d’inventer les stratégies, les formats et les moyens de l’ère post publicitaire.
Et voilà que l’un des plus brillants entrepreneurs français qui est une sorte de génie des contenus Stéphane Courbit, et l’un des plus talentueux patrons français, Maurice Levy, s’associent pour tenter de créer, grâce à France TV régie, une nouvelle manière de penser la monétisation d’audience.
Et c’est là que je trouve la réaction de certains proprement suicidaire.
En théorie nous devrions tous nous réjouir de cette nouvelle. Face à la pression des Google, Facebook, Apple qui tentent de réintermédier à leurs profits ce secteur, savoir que des français se lancent dans cette bataille est quand même une formidable touche d’espoir.
D’autant qu’ il existe une excellence française dans ce secteur. 2 des 5 grands réseaux de communication mondiaux sont Français. Avec Hachette et Vivendi, nous possédons des leaders dans le secteur des médias et des jeux vidéos. De Louis Vuitton à l’Oréal en passant par Danone nous avons un don pour créer des patrimoines immatériels (des marques) que le monde nous envie.
Pour être direct, attaquer Stephane Courbit et Maurice Levy quand on est français c’est juste se tirer une balle dans le pied.
Dites vous juste que si la France loupe l’enjeu de la monétisation des contenus et de la communication post publicitaire nous enverrons au tapis l’ensemble du secteur de la communication et des emplois qui y sont associés.
Vous pensez que j’exagère ? Il y a quarante ans, prisonnier de notre arrogance et de nos certitudes, nous ne voulions pas faire bouger notre industrie sidérurgique.
Aujourd’hui au pire elle a disparu au mieux elle est indienne.




Il est temps d’évoluer, mais certaines personnes ont trop d’argent à perdre.
Bon courage et bonne chance à ces messieurs dans leur politique de changement !
Je suis 100% d’accord avec vous.
Des publicitaires qui donnent des leçons alors qu’il font de la pub pour l’alcool et le tabac c’est comme le pape qui donne des lecons sur l’éducation des enfants
je trouvais ton article vraiment bien mais sur la fin tu manques tout de meme d’info. ArcelorMittal n’est pas un groupe indien, son PDG l’est, et je pense que c’est une nuance non négligeable, non ? Déjà Arcelor était né de la fusion de 3 groupes européens (ARbed, aCEalia and Usinor) et Mittal y a ajouté une dimention mondiale.
Le groupe est au luxembourg, emploie 30 000 personnes en France et est coté a Paris (4eme capitalisation du CAC), Amsterdam, Lux et NY. Bref, un groupe mondial qui a des origines tres fortes européennes….
ca n’enleve rien a la justesse de ton raisonement sur un secteur que tu connais mieux.
je te fais faire une visite d’usine ?
@stefan : Ok mister. Sur le fond je suis d’accord avec toi. Mais le renouveau de la sidérurgie est venu du génie d’un entrepreneur d’origine Indienne. Je suis très preneur d’une visite d’usine
Tiens cela m’a inspiré un billet sur un article hallucinant que j’ai lu dans Le Point hier… http://mry.blogs.com/les_instants_emery/2010/04/pour-qui-roule-emmanuel-berretta-du-point-.html
mais sur le fond de l’article, tu as 1000 fois raison. ces barrieres vont tomber et il vaut mieux qu’elle tombe de l’interieur !
Très bon article qui explique très bien l’évolution du contenu ! Je pense que le pire dans ce milieu ce sont les agences médias…. Elles ont un bon métro de retard !