Les 3 ruptures induites par Flipboard
Flipboard est entrain de s’imposer comme l’app de référence.
Au-delà du buzz, en inventant une nouvelle manière de vivre et syndiquer des contenus sociaux, Flipbard constitue une rupture. Que Flipboard rencontre ou pas le succès en tant que startup, il aura inventé une nouvelle manière de consommer les contenus sur le net. En ce sens, il y aura probablement un avant et un après Flipboard.
Première rupture : le modèle de rémunération des contenus. Jusqu’à présent les agrégateurs agrégeaient une partie des flux, diffusaient des liens mais la lecture des contenus syndiqués se faisait essentiellement sur la page de l’éditeur.
En aspirant littéralement les contenus, et en les consommant dans sa propre app, Flipbard brise ce modèle. La rémunération publicitaire des contenus se fera sur Flipbaord et non plus sur le site de l’éditeur.
C’est potentiellement le plus gros braquage d’inventaires publicitaires de l’histoire du net. D’autant que l’ergonomie de Flipboard et l’expérience de l’Ipad créent un potentiel d’expériences publicitaires bien supérieur aux displays traditionnels. Dit autrement, à contenu identique, le cpm sur Flipboard sera mieux valorisé et offrira un meilleur roi que sur une campagne de display ou de search marketing.
Vous allez me dire :
- les éditeurs vont bloquer l’accès aux contenus
- Flipboard vient d’annoncer qu’il ne syndiquera pas de force des contenus dont les auteurs refuseraient leurs diffusions.
Certes mais c’est aussi vrai pour Google. Vous avez la liberté théorique d’empêcher Google de scroller vos contenus. Mais vous connaissez beaucoup d’éditeurs qui ont fait ce choix. Moi pas.
Le plus amusant dans cette histoire est que les éditeurs voyaient, un peu candidement, en Apple le messie qui allait les sauver de l’apocalypse annoncé. Et voilà que l’Ipad se transforme en arme de destruction massive des inventaires publicitaires.
Deuxième rupture, la publicité (je n’aime pas le terme mais je n’ai rien trouvé de mieux) sur le net. Le concept de « socialmag » sous Ipad crée un univers d’expériences et de valorisations pour les marques inouïes.
Imaginez un peu. Flipboard conjugue l’empathie et la richesse d’expérience de l’Ipad et l’intelligence et la puissance de ciblage du social graph (voir mieux de Beacon) de Facebook Nous allons pouvoir créer des univers créatifs, riches, empathiques ET extraordinairement ciblés et pertinents pour le consommateur.
Le potentiel est juste sans limite. C’est le support qui rend enfin possible la promesse d’une communication réellement interactive et personnelle.
Le seul petit hic c’est qu’il exige une génération de créatifs mutants. A la fois capable de jouer avec un social graph et des scenarii proches des cultures CRM, de manier parfaitement les notions d’UX (expérience utilisateur) et de créer une expérience de marque et de service en HTML 5. C’est probablement une jolie opportunité pour les créatifs mutants et les entrepreneurs. Nous allons probablement voir naître une nouvelle génération d’agences massivement structurées autour des objets nomades.
Troisième rupture : Les analytics. Cela fait un moment que l’audience des marques s’est socialisée. Et qu’au delà du site web, l’enjeu pour les analytics est d’agréger les audiences cumulées provenant à la fois de la blogosphère, de Facebook, Twitter, etc… C’est d’ailleurs un des propos de Captain Dash que de fournir une solution qui permette d’agréger des audiences et des campagnes diffuses.
Mais là, avec FlipBoard, cela risque de prendre une autre dimension. D’un côté, votre contenu est consommé dans son intégralité sur une interface que vous ne contrôlez pas. Adieu la traçabilité du clic. De l’autre, Flipboard en créant une expérience, facile et populaire, de lecture des media sociaux va massivement en démocratiser l’usage. Et construire des analytics pertinents dans un monde où la consommation de vos contenus échappe à 90% à vos solutions traditionnelles de tracking va rendre la tache un peu complexe. Nous allons devoir définitivement quitter les stratégies basées sur l’indexation de tags et redécouvrir le monde merveilleux mais si chaotique des panels. C’est la démarche de Facebook avec Brandleft
Les années qui arrivent vont être passionnantes. Nous allons sortir de l’âge de pierre digitale. La révolution digitale va se mettre en marche.




Brillante analyse!
Brillante analyse en effet. Mais en tant qu’éditeur, memebre du Syndicat de la presse en ligne (Spiil) et soutenant (mordicus) depuis toujours que l’information sur Internet ne sera jamais payés (ou très peu) par le consommateur, je vois de nouveau confortée cette impression.
Les éditeurs, comme le souligne très justement l’auteur, en sont pour leurs frais. Surtout ceux qui ont dépensé des fortunes en croyant qu’iPad=Jackpot…
Rien ne se créé…
En effet, Flipboard représente une innovation incontestable dans la façon de présenter des contenus, c’est d’autant plus sensible avec les mises en forme automatiques des fils Facebook et Twitter. On est déjà habituées naturellement à des mises en page étudiées et esthétiques pour les autres contenus, Wired ou FastCompany par exemple. Sur ceux-là, l’apport de Flipboard est moins sensible.
Maintenant, les questions posées restent ouvertes.
Le fait que l’application repose sur une technique de “pompage” de contenu brutale (ie: le screen scrapping) qui consiste littéralement à décortiquer le HTML d’un site pour en extraire des meilleurs morceaux pose un double problème :
En premier lieu, le cadre légal de cette utilisation non autorisée de contenus. On pourrait tout simplement dire que Flipboard pille les contenus et on ne serait pas forcément loin de la vérité.
L’autre problème, c’est que pour pouvoir effectivement « pomper » le contenu d’un site donné, il faut que les équipes de Flipboard écrivent du code spécifique pour repérer dans la page les zones de contenus pertinents et intéressant. D’une part, ça nécessite un travail d’adaptation du code de leurs « sondes » au cas par cas, et d’autre part le travail est à refaire à chaque changement dans la structure et le markup de la page du site donné.
Il y a quelques années, en France, l’éditeur Mediapps avait une approche similaire sur leur offre de « portail » d’information. Et de mémoire, ils n’avaient pas non plus trouvé de réponse absolue à ces questions.
L’autre aspect à considérer dans ce principe de fonctionnement de Flipboard, c’est qu’aujourd’hui on ne peut consommer dans Flipboard que des sources d’information pour lesquelles les équipes ont déjà effectué ce travail de sourcing du contenu. En clair, vous pouvez lire tout ce que vous voulez, à partir du moment où les équipes de Flipboard auront décidé que c’est du bon contenu et qu’ils l’auront sélectionné.
Donc au contraire, au lieu de nous ouvrir à une multitude de contenus et de sources différentes, actuellement il faut tout de même reconnaitre que le contenu disponible dans Flipboard est dramatiquement pauvre en comparaison de la quasi infinité de flux RSS disponibles sur le web.
Alors certes, le prototype est séduisant, et très pertinent sur les flux Facebook et twitter – quoi qu’on pourrait légitimement questionner les algos utilisés pour mettre plus en avant un bloc ou un tweet qu’un autre ? – mais au-delà de cela je reste prudent et dubitatif sur la probabilité de voir l’expérience s’étendre considérablement au-delà du « proof of concept ».
Je suis ok avec toi c’est très très borderline de bâtir une startup sur du screen scrapping. Mais Flipboard c’est une nouvelle expérience de surf sous Ipad hyper pertinente pour twitter et FB. Et c’est là, à mon avis, que c’est une rupture
Bonjour Bruno,
merci pour cette analyse très pertinente du potentiel business de Flipboard.
C’est aussi, clairement la démonstration de la richesse de l’Ipad en terme d’expérience utilisateurs => Transformer 140 caractères en magazine riche, agréable à consulter et filtré par son graph social est juste de mon point de vu une véritable révolution..Et en effet, sans doute le début d’une nouvelle ère pour le digital marketing.