France.fr : caricature des errements des communicants français
Aux Etats-Unis, depuis quelques semaines, je n’ai pas suivi le naufrage de France.fr. Quand j’ai découvert la page, j’ai d’abord pensé à un hoax. Puis en découvrant le post de techcrunch j’ai failli tomber de ma chaise.
Ce plantage est un cas d’école. Le symbole ultime des errements français en matière d’usage des technologies par les communicants.
Cas d’école n°1. La faiblesse stratégique qui tient à penser qu’une communication digitale se résume à une url. Le brief : comment faire vivre la France sur le net. La réponse : créons France.fr, le portail de la France ! Premier « glups »
Cas d’école n°2 : le nationalisme étriqué qui veut que la nationalité d’une entreprise et d’une technologie soit plus d’importante que sa compétence. Déjà il y a 25 ans, L. Fabius avait préféré le TO7 de Thomson et Nanoreseau de Goupil (deux entreprises qui n’existent plus) à l’offre d’Apple pour équiper les écoles.
Cas d’école n°3 : La sous culture technologique. Le SIG est devenu l’un premier annonceur français. Oui vous ne rêvez pas le SIG, dépense 120 millions d’euros en prestations de conseils et achats d’espaces. Pourtant aucun expert technologique sérieux ne supporte le SIG. En France, les communicants considèrent la technologique comme une commodité. Résultat, ils sont les otages de leurs agences ou de leurs informatiques internes.
Cas d’école n°4. L’idéologie plutôt que le pragmatisme. Dans ce pays, il semble normal, par idéologie, de faire reposer l’ensemble des infrastructures technologiques sur des solutions open source. Et la sphère publique gère les CMS (les systèmes qui gèrent la publication des contenus) à la mode des buzz « open source ». Ce fut SPIP, Joomla et maintenant Drupal. Je n’ai rien contre l’open source, mais nous pourrions peut être arrêter de considérer les éditeurs anglo-saxons comme des créatures malfaisantes et être un peu plus pragmatique.
Cas d’école n°5. Le syndrome du « moi aussi je veux mes propres serveurs ». Que le SIG fasse héberger, comme encore beaucoup d’éditeurs ou de startup françaises, leurs solutions sur des serveurs propriétaires est juste absurde. C’est à se demander si quelqu’un a signalé au SIG l’existence d’un truc qui s’appelle le cloud.
Cas d’école n°6. Le règne des copains. A priori ,nous pourrions imaginer que l’Etat confie à des entreprises, un peu sérieuses, la réalisation du site censé incarner la France dans le monde digital. D’autant que la France n’est pas (encore) le Zimbabwe, de Publicis à Havas en passant par Fullsix il y a pléthore de choix. Et bien non. Il suffit de se pencher sur les prestataires pour comprendre que le naufrage était hautement prévisible :
- L’hébergement du site, vitrine de la France, est donné à une SARL basée à Niort qui réalise moins de 2 millions d’euros par an de CA. Seul mérite de cette société, elle prétend faire de l’hébergement vert. Bilan, le SIG cherche d’urgence, en plein été, à changer d’hébergeur.
- La réalisation du site a été confiée à une agence qui fait du mini site et n’a jamais rien réalisé de marquant. Bilan : le site ne gère pas la mise en cache des contenus. Et oui ce n’est pas une blague, dès que vous faites une action sur une page du site, boum, le serveur recalcule la page. Dès que vous avez un peu de monde sur une page le serveur devient dingue.
Cas d’école n°7 . Le règne de l’impunité. C’est probablement le pire. Le SIG se décharge de ce naufrage sur ses prestataires. C’est pourtant non seulement lui qui les a choisi mais qui les a coordonné. Dans une démocratie normale, le responsable du SIG, aurait présenté sa démission pour moins que cela. Mais non, nous sommes en France. Non seulement Thierry Saussez, patron du SIG ne démissionne pas mais il se permet de publier le 19 juillet (5 jours après la mise en rideau du site) un point de vue dans libération avec comme titre « la maitrise de l’information fait partie de l’exercice du pouvoir ».
France.fr est vraiment incroyable !




C’est sur que quand on voit se qu’on peut faire dans une start-up avec de faibles moyens et de l’agilité, on est souvent écœuré de voir les sommes englouties pour faire des sites bidons qui ne tiennent pas la route.
Pour compléter une critique de Drupal que je partage entièrement : http://www.freeblogware.org/2010/06/pourquoi-je-deteste-drupal-et-la.html
… Sinon, France.fr sera désormais hébergé par Typhon (hébergeur reconnu !)