La monnaie privée arrive
La monnaie est aujourd’hui le monopole des Etats et des banques centrales. C’est un des paradoxes de notre monde alors que les échanges internationaux explosent, que le monde se digitalise à grande vitesse, que je peux devenir ami, en un clic, avec un Indien, la puissance étatique conserve le pouvoir de battre la monnaie.
Il n’y a aucune raison objective que ce monopole survive. Je ne suis pas entrain de vous dire que les monnaies étatiques vont disparaitre. Bien au contraire. Je dis juste que nous allons voir se développer, assez rapidement, des monnaies privées à côté des monnaies étatiques. Des monnaies authentiquement universelles, post étatiques qui se joueront des frontières et des barrières culturelles.
La première existe déjà : Facebook credit.
Elle est embryonnaire mais peut potentiellement être utilisée demain par cinq cent millions de terriens. Et c’est une authentique monnaie dans le sens où :
- vous échangez votre monnaie actuelle contre des Facebook Credit,
- elle est universelle : vous pourrez demain acheter des biens et des services (en dehors de Facebook) avec des Facebook Credit
- elle est transmissible, vous pourrez transférer des Facebook credit sur le compte d’un de vos amis
- elle est sécurisée : chaque transaction se fait entre deux utilisateurs identifiés (via Facebook connect)
Facebook crédit c’est la matérialisation, à grande échelle, du rêve de Peter Thiel (Board member de Facebook et Founder de Paypal) d’inventer une monnaie post étatique. C’est probablement après Facebook connect la prochaine grande source de croissance, en terme de revenu et de domination sur l’ecosystème digital pour Facebook.
Et surtout, vous imaginez la rupture potentielle que peut représenter une monnaie privée alternative face aux risques d’insolvabilité des Etats.




C’est quoi le système monétaire des crédits facebook ? Qui contrôle la totalité des crédits qui seront édités ? Comment la croissance de ces crédits sera contrôlée et attribuée, et selon quels critères de valeur ?
Sans répondre à ces questions, c’est quoi accepter un “crédit facebook” si ce n’est allumer une bombe à retardement bourrée d’escroquerie ? Qu’est-ce qui assure que les 100 crédits achetés aujourd’hui pour 1000 en circulation ne seront pas demain noyés par 1 milliards de crédits créés ex-nihilo, où est le contrat ?
Décidément la mécanique des pyramides de ponzi est suffisamment délicate pour berner encore des générations d’innocents !
Facebook édite les crédits en échange d’une monnaie étatique. Ce n’est pas une monnaie d’épargne mais d’échange.
Vos réserves sont aussi valable pour le dollars ou l’euros. Qui garantie l’épargnant contre la machine à billet ou le dumping par un crédit à zero % ? Personne. Nous sommes dans l’échange fiduciaire. C’est le marché de la confiance.
“Vos réserves sont aussi valable pour le dollars ou l’euros. Qui garantie l’épargnant contre la machine à billet ou le dumping par un crédit à zero % ? Personne. Nous sommes dans l’échange fiduciaire. C’est le marché de la confiance.”
Justement !
Le système monétaire bien qu’étant imparfait n’est pas n’importe quoi non plus. La masse monétaire est contrôlée par la Banque Centrale et tout un tas de règles empêche de faire n’importe quoi.
Ensuite la Banque centrale est contrôlée par les Etats (au capital), et son indépendance est relative. Les Etats sont ensuite sous contrôle démocratique. Pas parfait non plus, mais au moins c’est cohérent et sur le long terme il y a une régulation.
Le code de la création monétaire est pourri, mais il a le mérite d’être connu (Bâle I, II, et III), il est “semi ouvert”.
Alors que là pour Facebook c’est un chèque en blanc. Les règles de gestion de cette “monnaie” sont inconnues, péremptoires, les informations cruciales (masse de crédits en circulation) sont cachées, le contrôle démocratique totalement absent.
A choisir je préfère tout de même la pyramide de ponzi sous contrôle démocratique et à code semi-ouvert, à la pyramide de ponzi privée à code propriétaire caché.
pas faux