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Tunisie, Twitter, Wikileaks et l’indécence

17 janvier 2011

Certains veulent nous faire croire que ce qui se passe en Tunisie est une wikileaks & twitter révolution.

Cette analyse n’est pas seulement insultante pour le formidable courage de la jeunesse tunisienne et ces martyrs. Elle traduit une époque, où le temps se réduit et le poids de l’histoire et des dynamiques sociales sont systématiquement gommés.

Sur le fond, la révolution tunisienne n’a pas grand chose à voir avec le graph social ou l’opendata.

Depuis 1987, Ben Ali a construit un système de parti unique dominant le moindre espace public où la police et la bureaucratie étaient aussi omniprésentes que Kafkaïennes. Un pays où la moindre fenêtre d’expression était fermée. Où même vos mots de passe étaient filtrés par le gouvernement. Et surtout, Ben Ali a instauré une économie mafieuse où les richesses, mêmes les plus infimes, étaient systématiquement captées par la famille régnante. Impossible d’y faire grossir une boite sans, qu’à un moment ou un autre,Trabelsi s’invite dans votre capital.

Et lorsque vous  affamez un peuple,  le privez d’un droit à l’avenir, il préfère toujours prendre le risque de la mort plutôt que continuer à vivre sans espoir. C’est précisément ce qui s’est passé en Tunisie.

Et nos zélateurs de la Twitter révolution oublient un peu vite que Mohamed Bouazizi n’a pas publié un post pour protester contre la saisie musclée par la police de son étale de fruits et légumes.

Non !

Il s’est d’abord installé devant les bureaux du gouverneur – le représentant des autorités de Ben Ali – de Sidi Bouzid. Et là, il a fait le choix conscient de se donner la mort. De se sacrifier. De s’immoler par le feu.

Et c’est le peuple de l’intérieur du pays, le plus désespéré, qui a bravé la peur et la répression policière pour faire tomber ce régime. C’est lui qui a payé le prix du sang.

Sur la forme, certes le Web a permis de contourner la censure, de faire surgir les images des répressions. Mais sur le fond, avec ou sans le Web ce régime serait tombé.

Simplement, parce que lorsque une jeunesse préfère s’immoler par le feu que de continuer à vivre l’injustice, aucune dictature ne peut tenir. En Tunisie, c’est la révolte assez classique d’un peuple contre son oppresseur.

Quant à Wikileaks, expliquer que les milieux dirigeants auraient pris conscience de la corruption des Trabelsi, en lisant les câbles américains, est juste ridicule. La prédation des Trabelsi sur l’économie tunisienne imprégnait l’ensemble de la vie tunisienne.

Pour autant, il y a un sujet sur lequel l’Internet aura probablement un impact sur la révolution en cours. La nouvelle Tunisie, ouverte et libre, peut se construire avec et autour du net.

Elle dispose d’atouts incontestables. Une jeunesse correctement formée. Une réelle empathie pour le net. Et surtout, comme toute société qui sort d’une longue tyrannie, d’un potentiel créatif explosif.

La nouvelle Tunisie peut devenir le hub technologique et créatif du monde arabe.

 

10 Commentaires laisser un →
  1. 18 janvier 2011 11 11 38 0138

    Je vous remercie pour cet article. La plupart des auteurs qui écrivent sur cette “Twitter Révolucheun” sont des anglophones qui suivent les “news”. C’est facile pour eux de dire ce qu’ils disent car ces anglophones ne comprennent pas ce que c’est que d’être opprimé pendant 23 ans.

    J’ajoute à vos arguments que Twitter ne date pas d’avant-hier d’une part, d’autre part les tunisiens ne sont pas les seuls victimes de l’oppression.

    J’aurais aimé que vous vous élaboriez votre conclusion: “La nouvelle Tunisie peut devenir le hub technologique et créatif du monde arabe”

    Merci encore.

    • 18 janvier 2011 16 04 10 0110

      Merci pour votre commentaire.
      C’est une bonne idée je vais faire un post sur la Tunisie potenciel bub créatif du magrebh

  2. 18 janvier 2011 13 01 02 0102

    Interview de TV5MONDE avec @slim404 – Récemment promu Secrétaire d’État à la Jeunesse et aux Sports du gouvernement d’union nationale:

    Peut-on dire que ce qui s’est passé en Tunisie est une « révolution 2.0 » ?

    Ça me gêne un peu. Il ne faut pas oublier que les gens ont manifesté, sont descendus dans la rue, que ça a démarré avec l’immolation de Mohammed Bouazizi… Toutes ces choses ne se sont pas passées sur Internet. Cette révolution, c’est une convergence de plusieurs choses.
    Le terme « révolution du jasmin » ne me plaît pas plus : je trouve que c’est un peu une récupération a posteriori, qu’on range cette révolution dans la même case que les révolutions « colorés », comme la révolution orange en Ukraine. La révolution tunisienne est différente, elle n’était pas planifiée ni organisée.

  3. 19 janvier 2011 10 10 48 0148

    L’information qui circule bien est une arme. Sinon le secret Défense n’existerait pas. Ni la LOPPSI.

    Et ça ne sert pas à grand chose de chercher à diviser, l’un contre l’autre, au lieu d’observer la synthèse. Ne perdez pas de temps ni d’énergie dans ces vieux réflexes d’opposition. C’est contre-productif.

    La situation est devenue explosive en Tunisie quand la masse critique a été atteinte entre un peuple capable de maîtriser ses réseaux informationnel et une tyrannie effroyablement oppressante.

    L’explosion inévitable a eu lieu, et rien n’a pu empêcher le déferlement des infos dont les gens avaient besoin pour trouver chaque jour le courage de continuer. Et où se situaient les rassemblements, les actions, les urgences.

    Car il en fallait du courage, oh combien, pour se dresser alors que les images libérées montraient aussi et très clairement le risque, justement. Tellement de sang, tellement de douleur, les snipers sur les toits qui tiraient manifestement pour tuer, dans la tête… chaque jour pouvait être le dernier, pour chacun d’entre eux.

    Ce qui s’est passé sur le Net n’enlève donc rien à leur mérite et à leur courage, c’est même exactement le contraire.

  4. 19 janvier 2011 12 12 32 0132

    Vous me semblez assez peu informé du rôle qu’a joué Facebook et Twitter pour organiser et entretenir le mouvement d’opposition à Ben Ali. Le nouveau gouvernement tunisien l’est davantage puisqu’il a nommé secretaire d’etat à la jeunesse et aux sport un des bloggeurs influents. L’ancien l’était aussi, qui l’avait precedemment fait emprisonner.
    Savez-vous que les jeunes tunisiens l’appellent la “revolution facebook” ?
    Facebook et twitter ne sont que des moyens, il faut une volonté derriėre, mais nier leur rôle crucial sans aucune connaissance du sujet a aussi quelque chose d’indécent…
    http://www.gizmodo.fr/2011/01/18/tunisie-la-revolution-en-tweetant.html

  5. 19 janvier 2011 14 02 01 0101

    Excellent article

    Les niaiseries technocentristes sont en effet extrêmement fatiguantes.

    Et à ce sujet il serait par exemple bon de laisser tomber l’utilisation imbécile du terme virtuel lié à internet et compagnie une bonne fois pour toute.

  6. 10 mars 2011 17 05 44 0344

    Amusing. Visiblement, votre analyse n’est partagé par aucun dictateur (ils coupent tous internet), ni même par nos propres gouvernants (Loppsi, Hadopi, toussa). On doit commencer à se sentir seul avec ses certitudes dans le milieu de la com’, non ?

    Et ça, c’est pas intrinsèquement organisé et exécuté via les réseaux sociaux ?
    http://fr.readwriteweb.com/2011/03/06/a-la-une/bastille-day-amndawla-en-egypte-rvolution-par-lopen-data-radical/

  7. 13 mars 2011 19 07 39 0339

    C’est pas très honnête de résumer la révolution à Twitter et Facebook, mais ce n’est pas honnête de négliger leurs rôles très important non plus.
    D’une part, ce qui s’est passé à Sidi Bouzid à eu lieu à Gafsa en 2008 et c’était encore plus grave.. mais vu le blackout médiatique et la grande répression policière, ça n’a pas trop duré et le seul résultat était des morts, dont on a aucune idée sur le nombre jusqu’au jour d’aujourd’hui, et des journalistes derrière les barreaux..
    Après 2 ans de ça, vous pouvez demander à n’importe quel tunisien s’il a une idée sur ce qui a eu lieu à Gafsa en 2008, et la meilleure réponse que vous pouvez avoir c’est qu’il s’agit d’une manifestation de chômeurs, pas plus.
    Pour revenir à décembre 2010, Twitter et Facebook étaient les seuls moyens d’information disponibles. Ils remplaçaient les médias.
    ça nous a permis de relayer l’information, éveiller une certaine conscience collective et faire passer l’informations aux médias étrangers ce qui a augmenté la pression sur l’ancien régime.
    il faut pas négliger ceux qui ont subit la terreur de la part de la police lors des manifestations, mais il faut pas aussi négliger ceux qui ont été menacé par téléphone, piraté , interpellés et arrêtés à cause de ce qu’ils diffusaient sur internet.
    il faut pas également oublier qu’une grande partie de ceux qui agissaient derrière leurs écrans, ont participé aux manifestations dans les rues.
    et finalement, je tiens à préciser que la rue et internet n’auraient jamais suffi pour dégager Ben Ali ..
    Donc la révolution tunisienne, c’est une révolution “totale”, dans la rue, sur internet, chez quelques responsables de l’état, etc…

Rétroliens

  1. Tunisie, Twitter, WikiLeaks et l’indécence » Article » OWNI, Digital Journalism

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