L’open Data sauvera t’elle la “Fake Data”
La majorité des instruments de compréhension de l’économie a été construite à une époque où l’économie était faiblement numérisée et peu globalisée. Ces instruments sont aujourd’hui peu pertinents ou plutôt non adaptés à l’économie du 21ème siècle.
Prenons un exemple connu.
Imaginons que nous réalisions une dataviz, reprenant les fichiers des douanes de l’ensemble des économies, pour comprendre les déficits commerciaux dans le monde.
L’instrument que nous utilisons est exactement le même que ceux qu’utilisent les économistes pour mesurer les comptes extérieurs. Nous allons comptabiliser les prix observés, par les douaniers, au moment du passage des frontières et en tirer un déficit ou un excédent commercial.
Sauf que cet instrument ne prend pas en compte la valeur ajoutée. Si je suis un Américain et que je décide d’importer une BMW produite en Allemagne, l’intégralité de la valeur douanière du véhicule sera attribuée comme une importation provenant d’Allemagne. Sauf que la réalité dans une économie mondialisée est plus complexe :
- une partie des composants électroniques proviendra probablement d’Asie du Sud Est voire des Etats-Unis,
- des matières premières viendront d’Asie ou d’Afrique,
- des coûts de propriété intellectuelle ou de prestations immatérielles viendront d’Israël, des Etats-Unis, du Japon ou de l’Europe de l’Ouest,
- des pièces auront probablement été totalement fabriquées dans des pays d’Europe de l’Est.
Bref, imputer la totalité de la valeur douanière de ce véhicule à l’excédent commercial allemand est en grande partie absurde. Simplement parce qu’il ne prend pas en compte la complexité des chaînes de fabrication qui sont aujourd’hui très globalisées.
Pour avoir une photo claire des importations et des exportations, nous devrions tracer chacun des éléments entrant dans la composition de ce véhicule pour reconstituer la valeur ajoutée produite par chacun des acteurs (et des économies nationales).
Et c’est là que le prodigieux mouvement de liberation des données peut changer les instruments de compréhension de l’économie.
Demain, en intégrant des sets de données publiques (douanières en l’occurrence) avec des sets de données privées (listes des composants et des origines de productions rentrant dans la conception et la fabrication d’un produit), nous arriverons à construire des agrégats permettant de reconstituer la valeur ajoutée réelle produite par les économies nationales.
Vous allez me dire que les grandes entreprises ne lacheront jamais leurs données. Je pense précisement le contraire.
Vous allez voir que la pression sur d’opendata, au nom de l’exigence de transparence, va assez vite bousculer vers les grosses sociétés.
Cette exigence consumériste commencera probablement par les catégories alimentaires (d’où viennent les produits, comment et où sont-il produits, etc…) avant de s’étendre à l’ensemble du business.
Je vous parie, que dans 20 ans, ne pas mettre à la disposition de la communauté des sets de données publiques sera aussi inacceptable que de ne pas publier des comptes annuels avec le montant des stocks options et des rémunérations des dirigeants. Une exigence minimum



