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L’ecosystème de la terreur, ou pas… à nous de choisir

1 décembre 2011

Les révolutions arabes ont eu une conséquence inattendue. En s’effondrant les dictatures ont laissé derrière elles des archives et des infrastructures de répression que le pire scénario conspirationniste n’aurait pas osé imaginer.

Et je dois vous avouer que les théories conspirationnistes me fatiguent. En règle générale, je me méfie des gauchistes qui voient derrière n’importe quelle entreprise un monstre froid prêt à dévorer des enfants au petit déjeuner.

Mais les faits sont là, devant nous.

Un certain nombre d’entreprises françaises ont mis en place, avec le soutien des autorités politiques et militaires françaises, des infrastructures d’écoute et de contrôles électroniques des populations dignes d’un thriller américain.

Bull a construit en Libye une infrastructure d’écoute et de contrôles électroniques des opposants au régime. Le très gauchiste Wall Street Journal a découvert en visitant ce qu’il prenait pour une ancienne prison, une structure d’écoute de la population mise en place par Bull. Aux murs trônaient des affiches avec le logo Amesys (filiale de Bull) explicitant les méthodes d’écoute. Dans les salles annexes des extraits des emails, d’instant messenger et des conversations des opposants. C’est grâce à ce centre, vendu par Ziad Takieddine et soutenu par la direction du renseignement militaire français, que le régime de Kadhafi pouvait arrêter, torturer et assassiner les opposants.

En Syrie, Bloomberg (encore un magazine gauchiste) a démontré qu’un consortium mené par une firme italienne a déployé un centre d’écoute électronique permettant au régime d’Al Assad non seulement d’identifier, de scanner et de lire l’ensemble des échanges électroniques mais d’identifier les connexions entre les opposants et leurs proches. Qosmos, (une startup française dans laquelle le Fond Stratégique d’investissement vient d’investir) y a déployé des sondes d’écoute du trafic sur Internet

La Tunisie fut un cas d’école qui mérite un post en soit. Probablement la vitrine expérimentale de l’internet civilisé que d’aucuns appellent de leurs vœux. Une gigantesque infrastructure technique pour espionner la population et mettre en place des opérations de fishing à grande échelle.

Au-delà des considérations morales et pénales (il ne serait pas illégitime que le TPI engage des poursuites contre certaines de ces entreprises pour complicité de crime contre l’humanité), derrière la Syrie, la Libye et la Tunisie se cache une question stratégique et politique pour la France.

Les technologies de l’information ne sont pas neutres. Elles peuvent être un formidable levier pour construire des sociétés libres et ouvertes ou une formidable machine à broyer les libertés.

Et c’est à nous de faire ce choix.

Voulons nous faire de la France un champion numérique des systèmes de répression des populations ou des solutions qui permettent de construire un monde plus ouvert et transparent.

C’est une des questions centrales sur l’avenir du numérique et c’est pourtant une question totalement occultée.

Vous allez trouver ma question fumeuse et théorique. Elle est pourtant très concrète. Les entreprises qui développent des systèmes de surveillance des populations doivent elles être soutenues par le gouvernement ? Sont elles éligibles au statut de la JEI ? Peuvent elles bénéficier de crédit impôt recherche ? Leurs exportations doivent elles être soumises, comme les entreprises d’armement, à une autorisation administrative ? …

A voir les efforts déployés par l’appareil d’Etat pour faire naître un écosystème de la terreur, il semble que l’Etat français ait déjà en partie tranché cette question. Le FSI vient de prendre une participation dans Qosmos , Bull est soutenu par la DCRM et les porteurs de valises de la République. Et surtout se dessine en creux derrière le discours de l’Internet civilisé, une vision d’un internet contrôlé où derrière le faux nez de la lutte contre le terrorisme se préparent des technologies liberticides.

C’est non seulement un choix stratégique liberticide, moralement condamnable mais politiquement, économiquement et technologiquement sans avenir.

Politiquement, la bonne nouvelle de cette décennie est que les peuples font le choix de la démocratie et des sociétés libres et ouvertes. La démocratie progresse partout et les peuples deviennent allergiques aux systèmes de contrôles. Faire le choix des technologies de contrôles des populations c’est faire le pari politique que l’avenir du monde passe par les dictatures.

Technologiquement, je ne vois pas comment, dans un monde connecté, les entreprises bâtissant des technologies liberticides pourront recruter et fidéliser des ingénieurs de talents. Au bout d’un moment la question du sens devient centrale. Assumer socialement de travailler dans des entreprises pointées du doigt par des activistes et savoir que l’on produit du code qui n’a comme finalité que d’arrêter et torturer des opposants devient insoutenable.

Economiquement, les technologies qui favorisent l’ouverture et changent le monde, créent systématiquement plus de valeur que les technologies au service du vieux monde. Facebook, Twitter, Google en sont la plus belle des démonstrations.

Ces entreprises sont donc à moyen terme condamner. Mais en attendant, nous pourrons faire le choix du déshonneur en continuant à les soutenir.

Espérons que la prochaine élection présidentielle permettra à ce débat d’émerger.

3 Commentaires laisser un →
  1. 1 décembre 2011 23 11 20 1220

    Je te trouve un peu candide ;) Fais-tu une différence entre une entreprise qui fait de la techno de surveillance, et une entreprise de défense qui produit de l’armement et bénéficie elle aussi de soutien de l’état ?

    La question du sens se pose au niveau individuel, mais il y a toujours eu des gens pour bosser chez Dassault et Thalès, à la DCN ou chez Nexter. Eux auraient moins de honte à avoir que le wizard d’une start-up qui fait dans la sonde d’interception sur un backbone ?

    • 2 décembre 2011 8 08 47 1247

      Ok pour le côté candide. Quoi que…
      1. Il y a une différence entre l’armement nécessaire dans une nation et les armes ou les systèmes sales.
      2. a l’heure du net et du 2.0, tu n’empêcheras pas un groupe d’activiste de mettre les noms et les photos des collaborateurs des boites sales et avec une bon SEO c’est socialement difficile à assumer.

      • Anonyme lien permanent
        2 décembre 2011 11 11 44 1244

        Ce que me semble adresser Bruno est le passage du scaro-saint “principe de realite” a celui du “principe de devenir”. D’ou la question du sens quand on ne peut que constater les impasses politiques, geopolitiques, economiques vers lesquelles on s ‘achemine faute d ethique. Franck D

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